La Banque du Ghana resserre son contrôle sur la liquidité bancaire tout en maintenant son taux directeur à 14%. Une stratégie qui vise à consolider la désinflation sans casser la reprise du crédit au secteur privé.
Accra ne touche pas au prix de l'argent, mais agit sur
sa quantité. Alors que la Banque du Ghana maintient son taux directeur à 14%,
elle a déjà retiré plus de 12 milliards de cedis, soit environ 1,1 milliard de
dollars, de liquidité du système bancaire grâce à la réforme du coefficient de
réserves obligatoires.
Le chiffre, communiqué par le gouverneur Johnson
Pandit Asiama lors de la conférence de presse du 22 juillet, donne une première
mesure de l'effet de cette nouvelle stratégie monétaire. La banque centrale
estime par ailleurs avoir atteint, à ce stade, ses objectifs de gestion de la
liquidité.
Cette opération intervient dans un contexte
particulier. L'inflation ghanéenne demeure très inférieure à la cible de moyen
terme de la Banque du Ghana, tandis que le crédit au secteur privé continue de
progresser. Dans le même temps, les risques liés aux tensions géopolitiques,
aux prix de l'énergie et au taux de change incitent le CPM à conserver une
marge de sécurité.
Un taux directeur inchangé, mais une
liquidité davantage contrôlée
Le paradoxe apparent est au cœur de la stratégie
actuelle.
Le taux directeur constitue le principal signal de la
politique monétaire. Mais la Banque du Ghana dispose d'autres instruments pour
agir sur les conditions monétaires. Le coefficient de réserves obligatoires, ou
Cash Reserve Ratio (CRR), en fait partie.
En mai, le CPM a décidé de remplacer le système
dynamique existant par un ratio uniforme de 20%, à maintenir en monnaie
nationale. La nouvelle règle est entrée en vigueur le 4 juin 2026.
Concrètement, les banques doivent immobiliser une
proportion plus importante de leurs ressources auprès de la banque centrale.
Ces fonds ne peuvent donc pas être utilisés immédiatement pour accorder des
crédits, acheter des titres ou financer d'autres actifs.
Le mécanisme permet ainsi à la Banque du Ghana de
retirer de la liquidité du circuit bancaire sans modifier directement son taux
directeur.
C'est une forme de resserrement quantitatif ciblé : le
prix officiel de l'argent reste inchangé, mais la banque centrale agit sur la
quantité de liquidités immédiatement disponibles.
Pourquoi retirer de l'argent alors que
l'inflation reste basse ?
C'est précisément là que se trouve la subtilité de la
stratégie.
La Banque du Ghana ne cherche pas nécessairement à
provoquer un nouveau ralentissement économique. Elle veut surtout éviter qu'une
accumulation excessive de liquidités ne compromette les progrès réalisés sur
l'inflation ou ne crée de nouvelles tensions sur le marché des changes.
Lors de sa réunion de mai, le CPM avait déjà estimé
que les conditions monétaires s'étaient assouplies et que le crédit au secteur
privé soutenait la reprise économique. Il avait néanmoins identifié plusieurs
risques, notamment les tensions géopolitiques, la volatilité des matières
premières et une éventuelle remontée des prix du pétrole.
Le contexte a donc changé par rapport à celui d'une
banque centrale confrontée à une inflation galopante.
La Banque du Ghana peut maintenir un taux directeur
relativement accommodant tout en utilisant les réserves obligatoires pour calibrer
la quantité de liquidité présente dans le système.
Cette distinction est essentielle.
Plus de 12 milliards de cedis déjà
absorbés
Lors de la conférence du 22 juillet, Asiama a indiqué
que la nouvelle mesure avait permis de retirer un peu plus de 12 milliards de
cedis du système bancaire.
Pour le gouverneur, les premiers résultats sont
satisfaisants : toutes les banques se conforment au nouveau cadre et la banque
centrale considère que ses objectifs de gestion de la liquidité ont été
atteints à ce stade.
La réforme n'est toutefois pas totalement neutre pour
les établissements de crédit.
Une part plus importante des ressources doit désormais
être immobilisée auprès de la banque centrale. Cela réduit mécaniquement la
quantité de fonds que les banques peuvent affecter à des actifs rémunérateurs.
Le sujet est d'autant plus sensible que le CPM
souhaite parallèlement voir le crédit au secteur privé continuer à progresser.
Le vrai test : ne pas étouffer le crédit
C'est probablement le principal équilibre que la
Banque du Ghana devra maintenir dans les prochains mois.
D'un côté, elle veut empêcher une liquidité excessive
de nourrir de nouvelles tensions inflationnistes ou de change.
De l'autre, elle veut éviter que le renforcement des
réserves obligatoires ne réduise excessivement la capacité des banques à
financer les entreprises et les ménages.
Le gouverneur a d'ailleurs insisté sur le fait que le
crédit au secteur privé était en hausse et que la Banque du Ghana souhaitait
accélérer encore son développement à mesure que les taux d'intérêt baissent.
La banque centrale mise notamment sur son nouveau
dispositif de crédit numérique et sur le renforcement des capacités des banques
en matière d'évaluation et de gestion du risque de crédit.
La politique monétaire ghanéenne cherche donc
actuellement à avancer sur deux fronts : contenir les risques monétaires tout
en préservant la reprise du financement de l'économie réelle.
La fin du bon à 56 jours change aussi la
gestion de la liquidité
La réforme du CRR ne constitue d'ailleurs qu'une
partie du nouveau dispositif.
La Banque du Ghana a également abandonné le recours au
bon à 56 jours comme principal instrument de gestion de la liquidité au profit
d'un bon à 14 jours, complété par la facilité au jour le jour.
Pour Asiama, cette maturité plus courte permet à la
banque centrale d'évaluer plus fréquemment les conditions de liquidité et
d'ajuster ses interventions.
La revue de la liquidité est désormais effectuée
chaque semaine.
Et la Banque du Ghana envisage déjà d'aller plus loin,
avec l'introduction potentielle d'un instrument à 7 jours.
Le message est clair : plutôt que de laisser la
liquidité bancaire évoluer sur une longue période avant d'intervenir, la banque
centrale veut pouvoir ajuster plus rapidement le robinet monétaire.
Une stratégie qui protège aussi le cedi
La question du taux de change est impossible à
dissocier de cette politique.
Le Ghana fonctionne avec un régime de change flottant
géré. La Banque du Ghana n'a donc pas vocation à empêcher chaque mouvement du
cedi. Elle cherche surtout à limiter les épisodes de volatilité excessive
susceptibles de se transmettre aux prix.
Or, une liquidité bancaire trop abondante peut
alimenter la demande de devises et compliquer la stabilisation du marché des
changes.
Le contrôle de la liquidité devient donc également un
instrument de protection de la stabilité externe.
Cela explique pourquoi le CPM reste prudent malgré la
désinflation enregistrée depuis plusieurs mois.
Une banque centrale qui affine plutôt
qu'elle ne serre brutalement
La stratégie actuelle de la Banque du Ghana ne
ressemble donc pas à un retour brutal au resserrement monétaire.
Le taux directeur reste à 14%. Le CPM continue de
considérer les risques pour l'inflation et la croissance comme globalement
équilibrés. Mais la banque centrale utilise davantage les instruments
opérationnels à sa disposition pour maîtriser les conditions de liquidité.
C'est une approche plus chirurgicale.
Le taux directeur fixe le prix du signal monétaire ;
les réserves obligatoires et les instruments de marché permettent de gérer la
quantité de liquidité.
Pour les banques ghanéennes, cela signifie que la
baisse des taux ne doit pas être interprétée comme une liberté totale de
déployer leurs ressources. La Banque du Ghana veut accompagner la reprise du
crédit, mais dans un environnement où elle conserve un contrôle étroit sur la
liquidité.
Pour l'économie, le résultat recherché est un délicat
compromis : maintenir la dynamique de croissance et de crédit sans laisser
réapparaître les déséquilibres qui avaient contribué aux difficultés
macroéconomiques du Ghana.
Avec plus de 12 milliards de cedis déjà retirés du
système, le nouveau dispositif a franchi sa première étape. Le véritable test
sera désormais de savoir si la Banque du Ghana peut maintenir cette discipline
monétaire sans renchérir le crédit ni ralentir la reprise du secteur privé.
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