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  • 17/08/2026

Ghana : Pourquoi la Banque du Ghana retire plus de 12 milliards de cedis des banques sans relever son taux directeur

La Banque du Ghana resserre son contrôle sur la liquidité bancaire tout en maintenant son taux directeur à 14%. Une stratégie qui vise à consolider la désinflation sans casser la reprise du crédit au secteur privé.

 

Accra ne touche pas au prix de l'argent, mais agit sur sa quantité. Alors que la Banque du Ghana maintient son taux directeur à 14%, elle a déjà retiré plus de 12 milliards de cedis, soit environ 1,1 milliard de dollars, de liquidité du système bancaire grâce à la réforme du coefficient de réserves obligatoires.

 

Le chiffre, communiqué par le gouverneur Johnson Pandit Asiama lors de la conférence de presse du 22 juillet, donne une première mesure de l'effet de cette nouvelle stratégie monétaire. La banque centrale estime par ailleurs avoir atteint, à ce stade, ses objectifs de gestion de la liquidité.

 

Cette opération intervient dans un contexte particulier. L'inflation ghanéenne demeure très inférieure à la cible de moyen terme de la Banque du Ghana, tandis que le crédit au secteur privé continue de progresser. Dans le même temps, les risques liés aux tensions géopolitiques, aux prix de l'énergie et au taux de change incitent le CPM à conserver une marge de sécurité.

 

Un taux directeur inchangé, mais une liquidité davantage contrôlée

 

Le paradoxe apparent est au cœur de la stratégie actuelle.

 

Le taux directeur constitue le principal signal de la politique monétaire. Mais la Banque du Ghana dispose d'autres instruments pour agir sur les conditions monétaires. Le coefficient de réserves obligatoires, ou Cash Reserve Ratio (CRR), en fait partie.

 

En mai, le CPM a décidé de remplacer le système dynamique existant par un ratio uniforme de 20%, à maintenir en monnaie nationale. La nouvelle règle est entrée en vigueur le 4 juin 2026.

 

Concrètement, les banques doivent immobiliser une proportion plus importante de leurs ressources auprès de la banque centrale. Ces fonds ne peuvent donc pas être utilisés immédiatement pour accorder des crédits, acheter des titres ou financer d'autres actifs.

 

Le mécanisme permet ainsi à la Banque du Ghana de retirer de la liquidité du circuit bancaire sans modifier directement son taux directeur.

 

C'est une forme de resserrement quantitatif ciblé : le prix officiel de l'argent reste inchangé, mais la banque centrale agit sur la quantité de liquidités immédiatement disponibles.

 

Pourquoi retirer de l'argent alors que l'inflation reste basse ?

 

C'est précisément là que se trouve la subtilité de la stratégie.

 

La Banque du Ghana ne cherche pas nécessairement à provoquer un nouveau ralentissement économique. Elle veut surtout éviter qu'une accumulation excessive de liquidités ne compromette les progrès réalisés sur l'inflation ou ne crée de nouvelles tensions sur le marché des changes.

 

Lors de sa réunion de mai, le CPM avait déjà estimé que les conditions monétaires s'étaient assouplies et que le crédit au secteur privé soutenait la reprise économique. Il avait néanmoins identifié plusieurs risques, notamment les tensions géopolitiques, la volatilité des matières premières et une éventuelle remontée des prix du pétrole.

 

Le contexte a donc changé par rapport à celui d'une banque centrale confrontée à une inflation galopante.

 

La Banque du Ghana peut maintenir un taux directeur relativement accommodant tout en utilisant les réserves obligatoires pour calibrer la quantité de liquidité présente dans le système.

 

Cette distinction est essentielle.

 

Plus de 12 milliards de cedis déjà absorbés

 

Lors de la conférence du 22 juillet, Asiama a indiqué que la nouvelle mesure avait permis de retirer un peu plus de 12 milliards de cedis du système bancaire.

 

Pour le gouverneur, les premiers résultats sont satisfaisants : toutes les banques se conforment au nouveau cadre et la banque centrale considère que ses objectifs de gestion de la liquidité ont été atteints à ce stade.

 

La réforme n'est toutefois pas totalement neutre pour les établissements de crédit.

 

Une part plus importante des ressources doit désormais être immobilisée auprès de la banque centrale. Cela réduit mécaniquement la quantité de fonds que les banques peuvent affecter à des actifs rémunérateurs.

 

Le sujet est d'autant plus sensible que le CPM souhaite parallèlement voir le crédit au secteur privé continuer à progresser.

 

Le vrai test : ne pas étouffer le crédit

 

C'est probablement le principal équilibre que la Banque du Ghana devra maintenir dans les prochains mois.

 

D'un côté, elle veut empêcher une liquidité excessive de nourrir de nouvelles tensions inflationnistes ou de change.

 

De l'autre, elle veut éviter que le renforcement des réserves obligatoires ne réduise excessivement la capacité des banques à financer les entreprises et les ménages.

 

Le gouverneur a d'ailleurs insisté sur le fait que le crédit au secteur privé était en hausse et que la Banque du Ghana souhaitait accélérer encore son développement à mesure que les taux d'intérêt baissent.

 

La banque centrale mise notamment sur son nouveau dispositif de crédit numérique et sur le renforcement des capacités des banques en matière d'évaluation et de gestion du risque de crédit.

 

La politique monétaire ghanéenne cherche donc actuellement à avancer sur deux fronts : contenir les risques monétaires tout en préservant la reprise du financement de l'économie réelle.

 

La fin du bon à 56 jours change aussi la gestion de la liquidité

 

La réforme du CRR ne constitue d'ailleurs qu'une partie du nouveau dispositif.

 

La Banque du Ghana a également abandonné le recours au bon à 56 jours comme principal instrument de gestion de la liquidité au profit d'un bon à 14 jours, complété par la facilité au jour le jour.

 

Pour Asiama, cette maturité plus courte permet à la banque centrale d'évaluer plus fréquemment les conditions de liquidité et d'ajuster ses interventions.

 

La revue de la liquidité est désormais effectuée chaque semaine.

 

Et la Banque du Ghana envisage déjà d'aller plus loin, avec l'introduction potentielle d'un instrument à 7 jours.

 

Le message est clair : plutôt que de laisser la liquidité bancaire évoluer sur une longue période avant d'intervenir, la banque centrale veut pouvoir ajuster plus rapidement le robinet monétaire.

 

Une stratégie qui protège aussi le cedi

 

La question du taux de change est impossible à dissocier de cette politique.

 

Le Ghana fonctionne avec un régime de change flottant géré. La Banque du Ghana n'a donc pas vocation à empêcher chaque mouvement du cedi. Elle cherche surtout à limiter les épisodes de volatilité excessive susceptibles de se transmettre aux prix.

 

Or, une liquidité bancaire trop abondante peut alimenter la demande de devises et compliquer la stabilisation du marché des changes.

 

Le contrôle de la liquidité devient donc également un instrument de protection de la stabilité externe.

 

Cela explique pourquoi le CPM reste prudent malgré la désinflation enregistrée depuis plusieurs mois.

 

Une banque centrale qui affine plutôt qu'elle ne serre brutalement

 

La stratégie actuelle de la Banque du Ghana ne ressemble donc pas à un retour brutal au resserrement monétaire.

 

Le taux directeur reste à 14%. Le CPM continue de considérer les risques pour l'inflation et la croissance comme globalement équilibrés. Mais la banque centrale utilise davantage les instruments opérationnels à sa disposition pour maîtriser les conditions de liquidité.

 

C'est une approche plus chirurgicale.

 

Le taux directeur fixe le prix du signal monétaire ; les réserves obligatoires et les instruments de marché permettent de gérer la quantité de liquidité.

 

Pour les banques ghanéennes, cela signifie que la baisse des taux ne doit pas être interprétée comme une liberté totale de déployer leurs ressources. La Banque du Ghana veut accompagner la reprise du crédit, mais dans un environnement où elle conserve un contrôle étroit sur la liquidité.

 

Pour l'économie, le résultat recherché est un délicat compromis : maintenir la dynamique de croissance et de crédit sans laisser réapparaître les déséquilibres qui avaient contribué aux difficultés macroéconomiques du Ghana.

 

Avec plus de 12 milliards de cedis déjà retirés du système, le nouveau dispositif a franchi sa première étape. Le véritable test sera désormais de savoir si la Banque du Ghana peut maintenir cette discipline monétaire sans renchérir le crédit ni ralentir la reprise du secteur privé.