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  • 24/07/2026

Inflation en hausse, croissance solide : L'UEMOA résiste aux tensions au Moyen-Orient grâce à la demande intérieure

L'économie de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) continue de faire preuve de résilience malgré un environnement international plus incertain. Après une inflation nulle en avril, la hausse des prix est repartie à 0,4% en mai 2026, sous l'effet du renchérissement des carburants provoqué par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Dans le même temps, la croissance économique devrait atteindre 6,2% au deuxième trimestre, soutenue par le dynamisme du commerce, des services et une campagne agricole favorable.

 

L'essentiel

 

  • L'inflation dans l'UEMOA est remontée à 0,4% en glissement annuel en mai 2026, après 0,0% en avril, sous l'effet de la hausse des coûts du transport et du logement.
  • La BCEAO anticipe une inflation de 0,3% en juin, 0,9% en juillet et 1,2% en août, en raison des relèvements des prix des carburants dans plusieurs États membres.
  • La croissance du PIB réel est attendue à 6,2% au deuxième trimestre 2026, contre 6,1% au trimestre précédent, grâce au commerce, aux services et à l'agriculture.
  • Le Comité de politique monétaire a maintenu inchangés les taux directeurs de la BCEAO à 3,00% et 5,00% lors de sa réunion du 10 juin 2026.
  • La BRVM poursuit sa progression, avec un gain de 5,3% en mai et de 38,5% sur un an.
  • Les États de l'Union ont levé 1 343,6 milliards de FCFA sur le marché régional des titres publics en mai, dans un contexte de hausse des coûts d'emprunt.

 

Une économie mondiale toujours fragmentée

 

La conjoncture internationale est restée contrastée en mai 2026. Aux États-Unis, l'activité du secteur privé a légèrement ralenti, l'indice PMI composite reculant à 51,5 points contre 51,7 en avril, la vigueur de l'industrie ne compensant pas le ralentissement des services.

 

En zone euro, la contraction s'est accentuée. Le PMI composite est tombé à 48,5 points, son plus faible niveau depuis dix-huit mois, sous l'effet du recul de la demande et des commandes internationales.

 

À l'inverse, la Chine a poursuivi son accélération, avec un PMI composite de 54,0 points contre 53,1 en avril, porté par les services, l'industrie manufacturière et une reprise des nouvelles commandes.

 

En Afrique du Sud, l'activité est repassée sous le seuil des 50 points pour la première fois en cinq mois, pénalisée par le recul de la production et des commandes ainsi que par une forte hausse des coûts des intrants, alimentée par les prix des carburants.

 

Dans l'environnement régional, le Nigéria a enregistré une accélération de son activité privée, son indice PMI composite progressant à 54,1 points contre 52,4 en avril, grâce au renforcement de la demande et à l'amélioration des infrastructures routières. Le Ghana a, en revanche, connu un léger ralentissement, son indice revenant à 50,0 points contre 50,3, sous l'effet de la hausse des coûts de production.

 

Les banques centrales restent prudentes

 

Face aux incertitudes géopolitiques et au regain des tensions inflationnistes, les principales banques centrales ont conservé une approche prudente.

 

La Réserve fédérale américaine (Fed) a maintenu, le 17 juin 2026, son taux directeur dans une fourchette comprise entre 3,50% et 3,75% pour la quatrième réunion consécutive, soulignant les risques liés à la hausse des prix de l'énergie.

 

La Banque centrale européenne (BCE) a, pour sa part, relevé ses taux de 25 points de base le 11 juin, portant le taux de dépôt à 2,25%. Elle justifie cette décision par les tensions sur les marchés pétroliers liées au conflit au Moyen-Orient et a revu à la hausse ses prévisions d'inflation, désormais attendue à 3,0% en 2026 et 2,3% en 2027. En parallèle, elle a abaissé ses perspectives de croissance à 0,8% pour 2026 et 1,2% pour 2027.

 

Dans les économies émergentes, la Banque populaire de Chine a maintenu son taux préférentiel des prêts à un an à 3,00% pour le treizième mois consécutif. En Afrique du Sud, la banque centrale a relevé son taux directeur à 7,00%, tout en révisant à la hausse ses prévisions d'inflation et à la baisse celles de croissance.

 

En Afrique de l'Ouest, la Banque centrale du Nigéria a laissé son principal taux directeur inchangé à 26,50% après l'avoir abaissé de 50 points de base en février. La Banque du Ghana a également marqué une pause dans son cycle d'assouplissement monétaire en maintenant son taux à 14%, son gouverneur invoquant les risques inflationnistes liés aux tensions au Moyen-Orient.

 

Matières premières : le cacao reste proche de ses sommets

 

Les prix des principales matières premières exportées par les pays de l'UEMOA ont progressé de 2,8% en mai 2026, après une hausse de 0,7% en avril. Cette évolution est principalement portée par le cacao (+22,9%), le café (+9,1%), le phosphate (+6,1%), le coton (+5,9%), le gaz naturel (+3,8%), le zinc (+3,5%), la noix de cajou (+2,8%) et le caoutchouc (+2,0%). À l'inverse, les huiles de palmiste (-8,3%) et de palme (-6,1%), l'or (-2,8%), le pétrole (-1,9%) et l'uranium (-0,4%) ont reculé.

 

Le cacao demeure proche de ses plus hauts niveaux des trois derniers mois, dans un contexte marqué par des conditions météorologiques défavorables en Côte d'Ivoire et au Ghana, ainsi que par les craintes d'un retour du phénomène El Niño. Les tensions au Moyen-Orient, qui renchérissent les engrais, entretiennent également les inquiétudes sur l'offre en Afrique de l'Ouest. De son côté, le café bénéficie du recul des stocks certifiés sur l'ICE, tandis que la hausse du phosphate résulte des restrictions chinoises à l'exportation.

 

Les produits alimentaires importés ont, pour leur part, vu leurs prix progresser de 8,5% en un mois, contre 1,8% en avril. Le riz (+13,2%), l'huile de soja (+7,9%), le blé (+5,9%) et le sucre (+2,8%) expliquent l'essentiel de cette hausse, seul le lait reculant légèrement (-0,4%). Les tensions sur les engrais en Asie et la sécheresse dans certaines régions productrices américaines alimentent ces hausses.

 

Marchés financiers : la BRVM confirme sa dynamique

 

Les principales places boursières ont évolué de manière contrastée en mai. Aux États-Unis, le NASDAQ a progressé de 10,9% et le Dow Jones de 3,3%, tandis que l'Euro Stoxx 50 a gagné 1,4%. Le CAC 40 (-0,7%) et le FTSE 100 (-1,1%) ont, en revanche, terminé le mois en baisse.

 

En Afrique, la tendance est restée largement positive. Le Nigerian Stock Exchange a bondi de 16,1%, la Bourse du Ghana de 5,2%, tandis que la BRVM a poursuivi sa progression avec des hausses de 2,3% pour le BRVM 30 et de 2,1% pour l'indice composite.

 

Sur le marché des changes, l'euro s'est légèrement déprécié face à la plupart des grandes devises. Le franc CFA s'est apprécié de 0,8% vis-à-vis du cedi ghanéen, du naira nigérian et du leone sierra-léonais, mais s'est affaibli face au dollar libérien, au dalasi gambien et au franc guinéen. Sur un an, il accuse toutefois un recul de 9,8% par rapport aux monnaies ouest-africaines, notamment face au naira (-11,2%).

 

Une activité économique toujours bien orientée dans l'Union

 

Les indicateurs disponibles à fin avril confirment la solidité de la conjoncture dans l'UEMOA. Le climat des affaires demeure supérieur à sa moyenne de long terme (+0,7 point), tandis que les services marchands non financiers rebondissent fortement (+17,5% après -7,0% en mars). Les services financiers poursuivent également leur progression (+0,9%) et le secteur du BTP reste bien orienté, malgré des performances plus faibles au Mali, au Niger et au Togo.

 

La production industrielle a toutefois reculé de 6,4% en avril, après une hausse de 5,3% en mars, sous l'effet du ralentissement des activités manufacturières, extractives ainsi que de la production d'électricité et de gaz. En dépit de cette baisse mensuelle, elle affiche encore une progression de 6,9% sur un an, portée par les industries manufacturières et les activités extractives.

 

Le secteur du BTP présente des situations contrastées selon les pays. L'activité progresse nettement au Bénin (+26,2 points), au Sénégal (+23,4), au Burkina Faso (+15,0), en Côte d'Ivoire (+9,0) et en Guinée-Bissau (+7,9), mais recule fortement au Mali (-41,7), au Niger (-21,8) et au Togo (-6,1).

 

Le commerce enregistre un repli mensuel de 5,4% après une hausse de 2,2% en mars, principalement en raison du recul du commerce de détail et de gros. En glissement annuel, l'activité reste néanmoins en hausse de 4,7%.

 

Les services marchands non financiers retrouvent un rythme soutenu avec une progression mensuelle de 17,5%. Sur un an, ils augmentent de 2,4%, grâce notamment aux performances du Mali (+10,8%), du Niger (+6,2%) et de la Côte d'Ivoire (+5,9%). Les services financiers affichent, eux, une croissance annuelle de 14,6%, avec des performances comprises entre +8,9% en Guinée-Bissau et +15,8% au Togo.

 

Inflation : le renchérissement des carburants remet les prix sur une trajectoire haussière

 

Après un mois d'avril marqué par une inflation nulle, les prix à la consommation sont repartis à la hausse dans l'UEMOA. Le taux d'inflation s'est établi à 0,4% en glissement annuel en mai 2026, principalement sous l'effet du renchérissement des transports (+3,2% après +1,5%) et du logement (+2,9% après +2,0 %). Dans le même temps, la baisse des prix des produits alimentaires s'est atténuée (-1,1% contre -1,7% en avril).

 

La hausse des prix des transports reflète directement le relèvement des tarifs des carburants (+3,5% après +1,5%) et des services de transport routier de passagers (+2,2%), dans un contexte où les tensions géopolitiques au Moyen-Orient ont fait bondir les cours des produits pétroliers (+58,6% en mai, après +50,8% en avril et +24,7% en mars).

 

Plusieurs États ont ajusté leurs prix à la pompe. En Côte d'Ivoire, le litre d'essence est passé de 820 à 875 FCFA (+6,7%) et le gasoil de 675 à 700 FCFA (+3,7%) à compter du 1er mai. Au Bénin, l'essence est passée de 695 à 725 FCFA (+4,3%) et le gasoil de 675 à 700 FCFA (+4,2%). Des hausses ont également été enregistrées au Mali (essence +12,9%, gasoil +29,7%), en Guinée-Bissau (respectivement +18,3% et +17,2%) ainsi qu'au Togo (+6,6% et +7,9%).

 

Le poste « Logement » a été soutenu par la hausse des prix du pétrole lampant (+9,5%), du bois de chauffage (+7,5%) et des charges locatives (+3,5%). Le ralentissement de la baisse des prix alimentaires s'explique notamment par le repli moins marqué des céréales (-11,4% contre -12,4%) et des huiles (-0,7% contre -3,1%), tandis que les prix de la viande (+8,6%), du poisson séché (+6,7%) et du sucre (+1,5%) ont progressé.

 

Selon les pays, l'inflation s'est accélérée en Côte d'Ivoire (1,6%), au Mali (1,3%) et au Burkina Faso (0,5%). Elle est restée positive, mais en léger ralentissement, au Sénégal (1,3%) et au Togo (0,4%). Les prix ont continué de reculer au Niger (-4,8%), en Guinée-Bissau (-1,2%) et au Bénin (-0,6%). Hors produits frais et énergie, l'inflation sous-jacente est revenue à 0,7%, soit 0,2 point de moins qu'en avril.

 

Politique monétaire : statu quo de la BCEAO, mais une forte progression de la liquidité

 

Réuni le 10 juin 2026, le Comité de politique monétaire de la BCEAO a maintenu inchangés ses principaux taux directeurs : 3,00% pour le refinancement des banques et 5,00% pour le guichet de prêt marginal.

 

Sur le marché monétaire, le taux moyen pondéré des adjudications à une semaine est ressorti à 3,33% en mai, contre 3,38% un mois plus tôt. Le taux interbancaire à une semaine a reculé à 3,53%, tandis que le taux moyen toutes maturités confondues s'est établi à 4,00%, en baisse de 12 points de base sur un mois et de 148 points de base sur un an.

 

Les conditions de crédit se sont légèrement assouplies. Le taux débiteur moyen appliqué à la clientèle est revenu à 6,67% en avril, contre 6,74% en mars, avec des baisses particulièrement marquées au Togo et au Sénégal. À l'inverse, les taux ont augmenté au Mali et au Niger. Les taux créditeurs des dépôts à terme ont progressé à 5,48%, contre 5,40% un mois auparavant.

 

La masse monétaire a poursuivi sa progression, en hausse de 19,6% à fin avril sur un an, après +18,1% un mois plus tôt. Cette évolution reflète le renforcement des actifs extérieurs nets (+128,3%, soit +9 585,1 milliards FCFA) et la progression des créances des institutions de dépôt sur les unités résidentes (+4,8%, soit +2 984,3 milliards). Les crédits à l'économie ont augmenté de 4,3%, soutenus par les prêts aux sociétés privées non financières (+7,1%), tandis que les concours au secteur public reculaient de 13,5%.

 

Marchés financiers : la BRVM poursuit son envol, les États empruntent plus cher

 

La Bourse régionale des valeurs mobilières a prolongé sa dynamique en mai. Les indices BRVM Composite et BRVM 30 ont respectivement progressé de 5,3% et 4,6% sur un mois. Au 20 juin, ils affichaient encore des gains de 4,1% et 4,0% par rapport à fin mai. Sur un an, leurs performances atteignent respectivement 38,5% et 29,9%, tandis que la capitalisation boursière totale s'est hissée à 28 443,5 milliards FCFA, en hausse de 2,6% sur un mois et de 27,9% sur un an, portée notamment par les secteurs des services publics et des services financiers.

 

Sur le marché régional de la dette, les États membres ont levé 1 343,6 milliards de FCFA en mai 2026, dont 184,2 milliards en bons du Trésor et 1 159,4 milliards en obligations. Ce volume est supérieur de 13,2% à celui d'avril. En revanche, le taux de couverture des émissions est tombé à 145,3%, contre 208,8% le mois précédent, tandis que les coûts de financement ont augmenté. Le taux moyen des bons du Trésor a progressé à 6,23% (+94 points de base) et le rendement moyen des obligations à 8,07% (+86 points de base). Aucune émission par syndication ni aucun recours aux marchés internationaux n'ont été enregistrés au cours de la période.

 

Perspectives : une croissance robuste malgré des risques inflationnistes persistants

 

La BCEAO table sur une croissance de 6,2% au deuxième trimestre 2026, après 6,1% au premier, portée par le dynamisme du commerce, des services et les bons résultats de la campagne agricole. L'acquis de croissance ressort à 4,1% à fin mars et les chefs d'entreprise interrogés par la Banque centrale anticipent une amélioration de l'activité dans les prochains mois.

 

La masse monétaire devrait continuer de progresser pour atteindre 19,8% en glissement annuel à fin mai, soutenue par la hausse des créances intérieures et le renforcement des actifs extérieurs nets.

 

L'inflation, en revanche, devrait poursuivre sa remontée graduelle, à 0,3% en juin, puis 0,9% en juillet et 1,2% en août. La BCEAO attribue cette évolution aux conséquences de la crise au Moyen-Orient sur les prix des produits pétroliers, les coûts du fret et les chaînes d'approvisionnement, ainsi qu'aux relèvements des prix des carburants intervenus dans plusieurs pays de l'Union. Elle estime toutefois que les bonnes récoltes de la campagne 2025-2026 et les éventuelles mesures de soutien des États pourraient contribuer à contenir ces pressions.

 

Au total, la Banque centrale juge les perspectives économiques de l'UEMOA globalement favorables, tout en soulignant qu'elles demeurent tributaires de l'évolution de la conjoncture internationale, du contexte sécuritaire et sociopolitique régional, ainsi que des conditions climatiques. Le maintien de la confiance des entreprises restera un facteur déterminant pour soutenir la dynamique de croissance dans les mois à venir.