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  • 08/10/2026

Kenya : Pourquoi la banque centrale maintient son taux à 8,75% malgré le rebond de l’économie

La Banque centrale du Kenya (CBK) a maintenu son taux directeur à 8,75% le 7 octobre, alors que sa prévision de croissance pour 2026 passe à 5%. Derrière cette pause, un arbitrage se dessine : laisser le crédit poursuivre son redressement sans prendre le risque de relancer l’inflation ni d’accentuer les pressions extérieures.

 

Le Kenya va mieux, mais la Banque centrale du Kenya ne veut pas aller trop vite. Réuni le 7 octobre 2026, le Comité de politique monétaire (MPC) a laissé son taux directeur à 8,75%, jugeant que l’orientation actuelle reste appropriée pour maintenir les anticipations d’inflation dans la cible et préserver la stabilité du taux de change.

 

La décision intervient pourtant dans un contexte plus favorable pour l’économie. La CBK prévoit désormais 5% de croissance en 2026, contre 4,9% auparavant, après 4,6% en 2025. Elle maintient par ailleurs sa prévision à 5,3% pour 2027, portée notamment par l’industrie et les services.

 

Le point intéressant est ailleurs : le crédit est déjà en train de repartir sans qu’une nouvelle baisse du taux directeur soit nécessaire à ce stade.

 

L’assouplissement monétaire commence à se transmettre

 

La croissance du crédit bancaire au secteur privé a atteint 10,6% en septembre, contre 10,3% en août. En janvier 2025, elle était encore négative, à -2,9%.

 

Le mouvement s'accompagne d'une baisse sensible du coût du financement. Le taux débiteur moyen des banques commerciales s’est établi à 14,4% en septembre, contre 17,2% en novembre 2024.

 

La reprise concerne plusieurs secteurs, dont le commerce, le bâtiment et la construction, l’agriculture, la finance et l’assurance ainsi que les biens de consommation durables.

 

Ces chiffres suggèrent que les précédentes mesures d’assouplissement monétaire commencent à mieux se transmettre à l’économie réelle. Pour la CBK, il y a donc moins d’urgence à réduire encore le taux directeur alors que la demande de crédit se redresse déjà.

 

La situation s’améliore également du côté des risques bancaires. Le ratio brut des prêts non performants (NPL) est tombé à 13,9% en septembre, contre 14,8% en juin et 17,6% en août 2025. La baisse concerne notamment les services financiers, l’agriculture, le commerce ainsi que l’énergie et l’eau.

 

Le pétrole remet cependant la pression sur les prix

 

Cette amélioration ne suffit pas à écarter les risques inflationnistes.

 

L’inflation globale est passée de 6,6% en août à 6,8% en septembre, tout en restant dans la fourchette cible de la CBK. Plus préoccupant, l’inflation sous-jacente est remontée de 3,4% à 4%, notamment sous l’effet de la hausse des prix du lait, des produits à base de blé et des huiles comestibles.

 

Le principal risque vient désormais de l’énergie. La hausse des prix du pétrole liée au conflit au Moyen-Orient peut renchérir les coûts de transport et de production, puis se diffuser progressivement aux prix à la consommation. La CBK entend donc surveiller les éventuels effets de second tour, c’est-à-dire la propagation du choc énergétique à d’autres composantes de l’inflation.

 

Le taux de change constitue un autre élément de vigilance. Dans une économie qui importe une grande partie de son énergie, une dépréciation de la monnaie kényane amplifierait mécaniquement l’effet d’une hausse du pétrole sur les prix intérieurs. La stabilité du taux de change reste ainsi l’un des arguments de la banque centrale pour maintenir son orientation actuelle.

 

Les comptes extérieurs limitent aussi la marge de manœuvre

 

La facture extérieure du Kenya donne une autre raison de ne pas précipiter une nouvelle baisse des taux.

 

Sur les douze mois à août 2026, le déficit courant a atteint 3,1% du PIB, contre 2,1% un an auparavant. Les exportations de biens ont progressé de 11,8%, notamment grâce à l’horticulture et au thé, mais les importations ont augmenté de 15,8 %, tirées entre autres par les produits alimentaires, les combustibles minéraux et les biens d’équipement.

 

La CBK prévoit un déficit courant de 3,2% du PIB en 2026, notamment sous l’effet de la hausse des importations de combustibles liée aux cours internationaux du pétrole.

 

Le pays dispose toutefois d’un solide coussin de sécurité : les réserves de change atteignent 14,7 milliards de dollars, soit 5,9 mois de couverture des importations. La banque centrale considère ce niveau suffisant pour absorber les chocs extérieurs à court terme.

 

Au final, le MPC se retrouve face à un arbitrage assez clair. L’économie n’a plus le même besoin de soutien monétaire qu’en 2025 : le crédit repart, les taux bancaires ont baissé et les créances douteuses reculent. Mais l’inflation, le pétrole et la situation extérieure commandent de conserver une marge de sécurité.

 

C’est pourquoi la CBK préfère, pour l’instant, maintenir son taux à 8,75% plutôt que d’ajouter une nouvelle baisse au mouvement d’assouplissement déjà engagé. Le prochain rendez-vous du MPC est prévu en décembre 2026. D’ici là, les prix de l’énergie, l’inflation, le taux de change et la dynamique du crédit seront déterminants pour savoir si cette pause se prolonge ou si la banque centrale dispose de nouveau d’espace pour agir.