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  • 19/08/2026

Ouganda : L’économie accélère, mais le shilling reste 2,7% plus faible qu’il y a un an

L’économie ougandaise poursuit sa progression, avec une activité qui semble accélérer au premier semestre 2026. Mais derrière l’amélioration mensuelle du shilling mise en avant par les autorités, la comparaison sur douze mois raconte une histoire plus nuancée : la monnaie reste plus faible qu’un an auparavant. Les exportations, elles, continuent de progresser, mais à un rythme moins spectaculaire que lors de la période précédente.

 

Une activité économique qui accélère

 

Le principal signal du dernier rapport du ministère ougandais des Finances, de la Planification et du Développement économique (MOFPED) est la poursuite de la dynamique d’activité observée depuis 2025.

 

L’Indice composite de l’activité économique (CIEA) est passé de 178,13 en avril à 178,58 en mai 2025, soit une progression mensuelle de 0,3%. Un an plus tard, il atteint 193,26 en juin 2026, contre 190,01 en mai, ce qui représente une hausse mensuelle de 1,7%.

 

La comparaison suggère donc une accélération de l’activité économique. Il convient toutefois de ne pas assimiler directement cette progression du CIEA à une accélération du PIB : l’indice constitue avant tout un indicateur de la dynamique conjoncturelle.

 

Les autres indicateurs disponibles vont dans le même sens. En juin 2025, le PMI de Stanbic Bank Uganda s’établissait à 55,6 points, tandis que l’indice de tendance des entreprises (BTI) de la Banque d’Ouganda atteignait 59,17 points. Tous deux se situaient nettement au-dessus du seuil de 50 séparant expansion et contraction.

 

Le rapport de juillet 2026 indique que ces deux indicateurs sont restés au-dessus de ce seuil, sans toutefois fournir leurs valeurs précises. Le signal reste donc positif, même si l’ampleur de cette dynamique ne peut pas être mesurée avec la même précision qu’en 2025.

 

Le shilling se raffermit à court terme, mais reste plus faible sur un an

 

C’est probablement le principal enseignement de la comparaison entre les deux rapports.

 

En juin 2026, le shilling s’est apprécié de 0,2% par rapport au dollar. Le taux de change moyen est passé de 3 710,64 à 3 704,51 shillings pour un dollar entre mai et juin.

Le MOFPED relie cette évolution à plusieurs facteurs, notamment l’augmentation des transferts de fonds, des investissements de portefeuille et des recettes d’exportation provenant notamment de l’agriculture, des mines et de l’énergie.

 

Un an plus tôt, le mouvement était encore plus marqué. Entre mai et juin 2025, le shilling avait gagné 1,3% face au dollar, passant de 3 653,40 à 3 605,84 shillings pour un dollar.

Mais la comparaison change lorsqu’on élargit l’horizon.

En juin 2025, il fallait en moyenne 3 605,84 shillings pour acheter un dollar. En juin 2026, il en fallait 3 704,51. La différence correspond à une dépréciation d’environ 2,7% du shilling sur douze mois.

 

Autrement dit, la monnaie ougandaise regagne légèrement du terrain d’un mois sur l’autre, mais reste sensiblement plus faible qu’un an auparavant.

 

Période

Taux moyen (UGX/USD)

Variation mensuelle

Mai 2025

3 653,40

Juin 2025

3 605,84

+1,3%

Mai 2026

3 710,64

Juin 2026

3 704,51

+0,2%

 

Cette distinction entre évolution mensuelle et évolution annuelle est importante pour les entreprises et les investisseurs exposés au risque de change. Une appréciation ponctuelle ne signifie pas nécessairement que la devise a retrouvé son niveau d’il y a un an.

 

Des exportations toujours dynamiques, mais à un rythme moins exceptionnel

 

Sur le front extérieur, les signaux restent également favorables.

 

Les recettes d’exportation ont atteint 1,284 milliard de dollars en juin 2026, contre 1,157 milliard de dollars un an plus tôt, soit une progression de 11,0% sur douze mois.

Le rapport cite notamment l’or, le coton, l’électricité, le tabac, le maïs et les fleurs parmi les produits ayant contribué à cette performance.

 

Cette progression demeure solide, mais elle apparaît moins spectaculaire que celle observée dans les données disponibles un an auparavant. En mai 2025, les recettes d’exportation avaient progressé de 36,8% sur un an, passant de 876,40 millions à 1,19886 milliard de dollars.

 

Cette envolée avait notamment été soutenue par le café, dont les recettes avaient augmenté de 91,6%, et le cacao, en hausse de 390,5%, dans un contexte marqué à la fois par une progression des volumes et par des prix internationaux élevés.

 

Le changement de produits mis en avant dans le rapport de 2026 est donc à surveiller. L’or, le coton, l’électricité, le tabac, le maïs et les fleurs prennent davantage de place dans le récit des exportations, alors que le café et le cacao dominaient la comparaison présentée en 2025.

 

Cette évolution peut traduire une diversification des sources de recettes extérieures. Elle peut aussi refléter, au moins en partie, une normalisation après les performances exceptionnellement fortes enregistrées par certaines matières premières l’année précédente. Les données disponibles ne permettent pas encore de trancher entre ces deux explications.

 

Une conjoncture favorable, avec deux points de vigilance

 

Le tableau d’ensemble reste néanmoins favorable à l’économie ougandaise.

 

L’activité mesurée par le CIEA progresse plus rapidement en juin 2026 qu’au même stade de la comparaison précédente. Les indicateurs de confiance disponibles restent en territoire expansif. Les recettes d’exportation continuent d’augmenter et contribuent à soutenir les entrées de devises.

 

Mais deux éléments méritent une attention particulière.

Le premier concerne le taux de change. Le raffermissement mensuel du shilling est réel, mais il ne doit pas masquer une dépréciation d’environ 2,7% sur douze mois. Pour les importateurs, les entreprises endettées en devises et les investisseurs étrangers, cette distinction reste déterminante.

 

Le second concerne les exportations. Leur croissance annuelle de 11% demeure appréciable, mais elle marque un ralentissement par rapport au bond de 36,8% observé dans la comparaison disponible de 2025. La question sera donc de savoir si l’économie est en train de connaître une véritable diversification de ses moteurs d’exportation ou si elle traverse simplement une phase de normalisation après un pic exceptionnel.

 

À ce stade, le message est donc moins celui d’une économie en difficulté que celui d’une économie solide, mais dont certains indicateurs doivent être lus au-delà de leur seule évolution mensuelle.

 

Pour les investisseurs et partenaires commerciaux de l’Afrique de l’Est, l’Ouganda conserve ainsi un profil conjoncturel favorable. Mais comme souvent sur les marchés émergents, la tendance immédiate ne suffit pas : c’est la trajectoire sur douze mois qui permet de mesurer véritablement la solidité du mouvement.