L’économie ougandaise poursuit sa progression, avec une activité qui semble accélérer au premier semestre 2026. Mais derrière l’amélioration mensuelle du shilling mise en avant par les autorités, la comparaison sur douze mois raconte une histoire plus nuancée : la monnaie reste plus faible qu’un an auparavant. Les exportations, elles, continuent de progresser, mais à un rythme moins spectaculaire que lors de la période précédente.
Une activité économique qui accélère
Le principal signal du dernier rapport du ministère ougandais des Finances,
de la Planification et du Développement économique (MOFPED) est la poursuite de
la dynamique d’activité observée depuis 2025.
L’Indice composite de l’activité économique (CIEA) est passé de 178,13 en
avril à 178,58 en mai 2025, soit une progression mensuelle de 0,3%. Un an plus
tard, il atteint 193,26 en juin 2026, contre 190,01 en mai, ce qui représente
une hausse mensuelle de 1,7%.
La comparaison suggère donc une accélération de l’activité économique. Il
convient toutefois de ne pas assimiler directement cette progression du CIEA à
une accélération du PIB : l’indice constitue avant tout un indicateur de la
dynamique conjoncturelle.
Les autres indicateurs disponibles vont dans le même sens. En juin 2025, le
PMI de Stanbic Bank Uganda s’établissait à 55,6 points, tandis que l’indice de
tendance des entreprises (BTI) de la Banque d’Ouganda atteignait 59,17 points.
Tous deux se situaient nettement au-dessus du seuil de 50 séparant expansion et
contraction.
Le rapport de juillet 2026 indique que ces deux indicateurs sont restés
au-dessus de ce seuil, sans toutefois fournir leurs valeurs précises. Le signal
reste donc positif, même si l’ampleur de cette dynamique ne peut pas être
mesurée avec la même précision qu’en 2025.
Le shilling se raffermit à court terme, mais reste plus faible sur un an
C’est probablement le principal enseignement de la comparaison entre les
deux rapports.
En juin 2026, le shilling s’est apprécié de 0,2% par rapport au dollar. Le
taux de change moyen est passé de 3 710,64 à 3 704,51 shillings pour un dollar
entre mai et juin.
Le MOFPED relie cette évolution à plusieurs facteurs, notamment
l’augmentation des transferts de fonds, des investissements de portefeuille et
des recettes d’exportation provenant notamment de l’agriculture, des mines et
de l’énergie.
Un an plus tôt, le mouvement était encore plus marqué. Entre mai et juin
2025, le shilling avait gagné 1,3% face au dollar, passant de 3 653,40 à 3
605,84 shillings pour un dollar.
Mais la comparaison change lorsqu’on élargit l’horizon.
En juin 2025, il fallait en moyenne 3 605,84 shillings pour acheter un
dollar. En juin 2026, il en fallait 3 704,51. La différence correspond à une
dépréciation d’environ 2,7% du shilling sur douze mois.
Autrement dit, la monnaie ougandaise regagne légèrement du terrain d’un
mois sur l’autre, mais reste sensiblement plus faible qu’un an auparavant.
|
Période |
Taux moyen (UGX/USD) |
Variation mensuelle |
|
Mai 2025 |
3 653,40 |
— |
|
Juin 2025 |
3 605,84 |
+1,3% |
|
Mai 2026 |
3 710,64 |
— |
|
Juin 2026 |
3 704,51 |
+0,2% |
Cette distinction entre évolution mensuelle et évolution annuelle est
importante pour les entreprises et les investisseurs exposés au risque de
change. Une appréciation ponctuelle ne signifie pas nécessairement que la
devise a retrouvé son niveau d’il y a un an.
Des exportations toujours dynamiques, mais à un rythme moins exceptionnel
Sur le front extérieur, les signaux restent également favorables.
Les recettes d’exportation ont atteint 1,284 milliard de dollars en juin
2026, contre 1,157 milliard de dollars un an plus tôt, soit une progression de
11,0% sur douze mois.
Le rapport cite notamment l’or, le coton, l’électricité, le tabac, le maïs
et les fleurs parmi les produits ayant contribué à cette performance.
Cette progression demeure solide, mais elle apparaît moins spectaculaire
que celle observée dans les données disponibles un an auparavant. En mai 2025,
les recettes d’exportation avaient progressé de 36,8% sur un an, passant de
876,40 millions à 1,19886 milliard de dollars.
Cette envolée avait notamment été soutenue par le café, dont les recettes
avaient augmenté de 91,6%, et le cacao, en hausse de 390,5%, dans un contexte
marqué à la fois par une progression des volumes et par des prix internationaux
élevés.
Le changement de produits mis en avant dans le rapport de 2026 est donc à
surveiller. L’or, le coton, l’électricité, le tabac, le maïs et les fleurs
prennent davantage de place dans le récit des exportations, alors que le café
et le cacao dominaient la comparaison présentée en 2025.
Cette évolution peut traduire une diversification des sources de recettes
extérieures. Elle peut aussi refléter, au moins en partie, une normalisation
après les performances exceptionnellement fortes enregistrées par certaines
matières premières l’année précédente. Les données disponibles ne permettent
pas encore de trancher entre ces deux explications.
Une conjoncture favorable, avec deux points de vigilance
Le tableau d’ensemble reste néanmoins favorable à l’économie ougandaise.
L’activité mesurée par le CIEA progresse plus rapidement en juin 2026 qu’au
même stade de la comparaison précédente. Les indicateurs de confiance
disponibles restent en territoire expansif. Les recettes d’exportation
continuent d’augmenter et contribuent à soutenir les entrées de devises.
Mais deux éléments méritent une attention particulière.
Le premier concerne le taux de change. Le raffermissement mensuel du
shilling est réel, mais il ne doit pas masquer une dépréciation d’environ 2,7%
sur douze mois. Pour les importateurs, les entreprises endettées en devises et
les investisseurs étrangers, cette distinction reste déterminante.
Le second concerne les exportations. Leur croissance annuelle de 11%
demeure appréciable, mais elle marque un ralentissement par rapport au bond de
36,8% observé dans la comparaison disponible de 2025. La question sera donc de
savoir si l’économie est en train de connaître une véritable diversification de
ses moteurs d’exportation ou si elle traverse simplement une phase de
normalisation après un pic exceptionnel.
À ce stade, le message est donc moins celui d’une économie en difficulté
que celui d’une économie solide, mais dont certains indicateurs doivent être
lus au-delà de leur seule évolution mensuelle.
Pour les investisseurs et partenaires commerciaux de l’Afrique de l’Est,
l’Ouganda conserve ainsi un profil conjoncturel favorable. Mais comme souvent
sur les marchés émergents, la tendance immédiate ne suffit pas : c’est la
trajectoire sur douze mois qui permet de mesurer véritablement la solidité du
mouvement.
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