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  • 23/09/2026

Pétrole : Le Bénin ressuscite Sèmè avec 250 000 barils, mais le plus dur reste à venir

Après près de trois décennies d’arrêt, le Bénin s’apprête à remettre son propre pétrole sur le marché international. Une première cargaison d’environ 250 000 barils est annoncée pour octobre 2026, issue du redéveloppement du champ offshore de Sèmè. Mais derrière cette première vente se joue un enjeu plus important : transformer la renaissance d’un ancien gisement en une production durable et économiquement viable.

 

Le Bénin s’apprête à tourner une nouvelle page de son histoire pétrolière. En octobre 2026, environ 250 000 barils de pétrole brut issus du champ offshore de Sèmè doivent être commercialisés sur le marché international. L’opération est pilotée par Akrake Petroleum Benin, filiale du groupe singapourien Rex International Holding et opérateur du bloc 1, au large du sud-est du pays.

 

Cette première cargaison marque surtout le passage d’une longue phase de redéveloppement à une étape commerciale. Le pétrole de Sèmè ne constitue toutefois pas une nouvelle découverte. Le gisement avait déjà été identifié à la fin des années 1960 et avait produit environ 22 millions de barils entre 1982 et 1998, avant l’arrêt de son exploitation. Le Bénin tente donc aujourd’hui de donner une seconde vie à un champ qui avait déjà contribué, plusieurs décennies auparavant, à son histoire énergétique.

 

Sèmè, un vieux gisement remis au goût du jour

 

La relance du champ repose sur une approche différente de celle de la première période d'exploitation. Akrake Petroleum a engagé un nouveau programme de développement, avec notamment le déploiement d'équipements offshore et le forage de nouveaux puits.

 

Le tournant est intervenu avec le puits AK-2H, dont la section horizontale atteint environ 1 405 mètres, avec près de 950 mètres traversant une formation pétrolifère. Les données publiées à l’époque avaient laissé entrevoir un potentiel de production initiale nettement supérieur à celui finalement observé.

 

Le redémarrage effectif de la production en 2026 a cependant montré que le passage des estimations géologiques à la production commerciale est loin d’être automatique. Le champ produit actuellement autour de 3 000 barils par jour, selon les informations publiées par La Nation. L’opérateur envisage une montée progressive vers 5 000 à 6 000 barils par jour.

 

Cette différence entre le potentiel initial évoqué et le rythme effectivement atteint constitue l’une des principales données économiques du dossier. Certaines communications autour du forage avaient évoqué une production initiale pouvant atteindre 15 000 barils par jour. La réalité opérationnelle actuelle est donc nettement plus modeste.

 

Une renaissance pétrolière, mais à petite échelle

 

À 3 000 barils par jour, la production de Sèmè reste limitée à l’échelle du marché pétrolier africain. Même si elle atteignait 6 000 barils par jour, le Bénin produirait environ 2,2 millions de barils par an.

 

Il faut donc éviter de présenter cette première cargaison comme l’entrée du Bénin dans le cercle des grandes puissances pétrolières africaines. L’enjeu est ailleurs. Pour Cotonou, Sèmè représente avant tout une nouvelle source potentielle de revenus, d’investissements et de diversification de l’économie, dans un pays qui reste un producteur de pétrole de petite taille.

 

La cargaison de 250 000 barils illustre d’ailleurs cette réalité. Au rythme actuel de 3 000 barils par jour, il faut plus de 83 jours de production théorique pour atteindre un tel volume. La première expédition représente donc plusieurs semaines de production.

 

Et surtout, les 250 000 barils ne constituent pas en eux-mêmes les recettes du gouvernement béninois. Leur valeur commerciale dépendra du prix auquel le brut sera vendu, des coûts liés à sa production et à son acheminement, ainsi que des mécanismes prévus par le contrat de partage de production.

 

Le véritable enjeu se trouve dans les réserves

 

C’est probablement ici que se situe la question la plus importante pour l’avenir de Sèmè.

 

Les dernières données techniques disponibles, établies au 31 décembre 2025 par ABL Group Norway, évaluent les réserves 2P du développement actuellement retenu à 5,70 millions de barils. Ce chiffre correspond aux réserves prouvées et probables du projet dans son schéma actuel.

 

Mais le potentiel géologique du champ ne s’arrête pas à ce volume. Le même rapport identifie 16,01 millions de barils de ressources contingentes 2C. Ces ressources sont associées notamment à la possibilité de développer davantage le réservoir H6 ainsi que les réservoirs H7 et H8.

 

La distinction est essentielle. Les 5,70 millions de barils de réserves 2P correspondent à des volumes dont l'exploitation est considérée comme suffisamment établie dans le cadre du développement retenu. Les 16,01 millions de barils de ressources contingentes 2C, eux, ne peuvent pas être présentés comme des réserves immédiatement disponibles : leur commercialisation nécessite encore des travaux, des investissements et la confirmation de leur viabilité économique.

 

Le rapport souligne d'ailleurs que la baisse des réserves par rapport à l'estimation précédente est notamment liée à la réduction du programme de développement, passé de quatre à deux puits. Dans le même temps, les ressources contingentes ont augmenté, notamment grâce à l'identification de possibilités supplémentaires dans les réservoirs H6, H7 et H8.

 

Le premier chargement ne sera donc qu'un test grandeur nature

 

L'annonce des 250 000 barils doit être regardée comme le début d'une nouvelle séquence plutôt que comme l'aboutissement du projet.

 

Le premier défi sera d'abord de stabiliser la production. Passer d'environ 3 000 barils par jour à 5 000 ou 6 000 barils suppose que les performances des puits et des installations permettent effectivement cette montée en puissance.

 

Le deuxième sera de maintenir la production dans la durée. Un champ mature comme Sèmè doit être géré avec une attention particulière portée au comportement du réservoir, à la récupération du pétrole et aux coûts de production.

 

Le troisième sera de déterminer si les ressources supplémentaires identifiées peuvent justifier une nouvelle phase d'investissements. Si H7, H8 et les volumes supplémentaires du réservoir H6 peuvent être développés commercialement, le potentiel économique du projet pourrait dépasser celui de la première phase. Mais à ce stade, ces volumes restent des ressources contingentes et non des réserves acquises.

 

Pour le Bénin, l'enjeu dépasse donc les 250 000 barils

 

L'image est symbolique : près de trente ans après l'arrêt de Sèmè, le brut béninois s'apprête à revenir sur le marché international. Mais la réussite du projet ne se mesurera pas au seul départ de cette première cargaison.

 

Elle se mesurera à la capacité du Bénin à transformer un ancien gisement en une source régulière de production et de revenus.

 

Avec 3 000 barils par jour aujourd'hui et un objectif de 5 000 à 6 000 barils, Sèmè ne changera pas à lui seul la physionomie énergétique de l'Afrique de l'Ouest. En revanche, il peut contribuer à élargir la base productive du Bénin et à renforcer sa position dans les chaînes énergétiques régionales.

 

Le pays dispose déjà d'une expérience particulière dans le secteur : ses infrastructures servent également à l'exportation du pétrole brut nigérien. La relance de Sèmè ajoute désormais une autre dimension à cette position, celle de producteur de son propre brut.

 

La véritable histoire de Sèmè commence donc peut-être avec ces 250 000 premiers barils. Non pas parce qu'ils représentent une manne pétrolière gigantesque, mais parce qu'ils permettront de vérifier si la seconde vie d'un champ vieux de plusieurs décennies peut devenir une activité industrielle durable.

 

Le Bénin a déjà retrouvé son pétrole. Il lui reste maintenant à démontrer que Sèmè peut produire suffisamment, assez longtemps et dans des conditions économiques suffisamment favorables pour que cette renaissance dépasse le symbole.