La Reserve Bank of Zimbabwe (RBZ) a réduit son principal taux directeur de 35% à 30%, estimant que le ralentissement durable de l'inflation lui offre davantage de marge de manœuvre. Si les indicateurs macroéconomiques témoignent d'une stabilisation de l'économie au deuxième trimestre 2026, la consolidation de la confiance dans le ZiG demeure l'un des principaux défis du pays.
Un peu plus de deux ans après l'introduction du ZiG,
sa nouvelle monnaie nationale, le Zimbabwe continue de tester la crédibilité de
son cadre monétaire. Dans son rapport trimestriel publié le 8 juillet, la
Reserve Bank of Zimbabwe dresse le bilan d'un deuxième trimestre marqué par une
inflation contenue, une amélioration des réserves de change et une progression
des recettes en devises, malgré les tensions provoquées par la hausse des prix
du pétrole liée au conflit au Moyen-Orient.
Pour la banque centrale, ces résultats reflètent les
effets d'une politique monétaire prudente engagée depuis plusieurs mois.
« La posture prudente de politique monétaire, associée
aux interventions proactives du gouvernement dans le secteur des carburants, a
permis au pays de résister à l'impact inflationniste du récent choc pétrolier
», affirme le gouverneur de la RBZ, John Mushayavanhu.
Une baisse des taux qui reste prudente
La principale annonce du trimestre concerne la
réduction du Bank Policy Rate de 35% à 30%.
La RBZ insiste toutefois sur le fait qu'il ne s'agit
pas d'un changement de cap. Selon elle, cette décision traduit plutôt une
adaptation à un environnement où l'inflation est désormais plus faible et plus
stable qu'au cours des dernières années. Dans le même mouvement, le taux de la Targeted
Finance Facility, destinée à soutenir le financement des secteurs productifs, a
été abaissé de 20% à 15%.
Cette décision intervient alors que l'inflation
annuelle du ZiG est restée sous le seuil de 5% depuis le début de l'année.
Une inflation sous contrôle malgré le choc
pétrolier
En juin 2026, l'inflation annuelle s'est établie à 4,72%,
tandis que l'inflation mensuelle moyenne est ressortie à 0,47% sur le premier
semestre.
Pour la banque centrale, cette résistance face à la
hausse des prix de l'énergie traduit l'efficacité de son dispositif monétaire.
Elle estime que sans cet ancrage des anticipations, l'inflation aurait pu
approcher 8% au mois de mai, alors même que les prix domestiques des carburants
ont progressé de plus de 30%.
Cette analyse reste toutefois celle de la RBZ. Si les
chiffres publiés témoignent d'un net ralentissement de la hausse des prix, il
faudra encore plusieurs trimestres de stabilité pour confirmer que cette
désinflation est durable.
Le défi reste la crédibilité du ZiG
Au-delà des indicateurs du trimestre, la véritable
question demeure celle de la confiance dans la monnaie nationale.
Lancée en avril 2024 pour remplacer le dollar
zimbabwéen, le ZiG est la dernière tentative des autorités de rétablir une
monnaie locale après plusieurs épisodes d'hyperinflation et de dépréciation
monétaire qui ont profondément marqué l'économie du pays.
Même si les autorités mettent en avant la stabilité du
taux de change, une partie importante des transactions continue d'être
effectuée en dollars américains, ce qui illustre la prudence persistante des
ménages et des entreprises.
Afin d'encourager l'utilisation du ZiG, la RBZ a lancé
au deuxième trimestre un nouvel instrument d'épargne, le ZiG Denominated Term
Deposit Facility Bill, destiné à développer l'épargne en monnaie locale, créer
une véritable courbe de taux et renforcer les outils de politique monétaire.
Fin juin, les émissions totalisaient près de 466 millions de ZiG.
Une stabilité retrouvée sur le marché des
changes
Le marché des changes a lui aussi montré des signes
d'accalmie.
Le taux de change du ZiG est resté compris entre 25 et
27 ZiG pour un dollar américain durant le trimestre, tandis que la prime
observée sur le marché parallèle est restée inférieure à 20% pendant
l'essentiel du premier semestre, selon la banque centrale. Depuis avril 2024,
celle-ci indique avoir injecté plus de 2,1 milliards de dollars sur le marché
des changes afin de soutenir le mécanisme officiel de cotation.
Ces interventions ont contribué à limiter les tensions
sur le marché officiel, même si leur maintien sur le long terme dépendra de la
capacité du pays à continuer de générer suffisamment de devises.
Les exportations soutiennent les réserves
Les recettes en devises ont atteint 10,72 milliards de
dollars au premier semestre 2026, contre 6 milliards un an plus tôt, soit une
progression de près de 48%.
Cette hausse provient principalement des exportations,
notamment d'or, de platinoïdes, de lithium et de tabac. Les transferts de la
diaspora demeurent également un pilier important des entrées de devises,
représentant plus de 14% des recettes totales.
Dans ce contexte, les réserves officielles ont
progressé à 1,6 milliard de dollars, soit environ 1,6 mois d'importations. Ce
niveau reste modeste au regard des standards internationaux, où une couverture
d'au moins trois mois d'importations est généralement considérée comme un seuil
de confort. Il marque néanmoins une amélioration pour un pays qui a longtemps
souffert d'une pénurie chronique de devises.
Une stabilisation encourageante, mais
encore fragile
Pour 2026, la banque centrale maintient sa prévision
d'une croissance économique de 5%, portée principalement par le secteur minier,
et table sur une inflation qui resterait à un chiffre ainsi qu'un excédent
courant supérieur à 2,5 milliards de dollars.
Ces projections traduisent un regain de confiance des
autorités dans la trajectoire économique du pays. Elles devront toutefois être
confirmées par une stabilisation durable de la monnaie nationale et par un
renforcement de la confiance des acteurs économiques.
Car si le Zimbabwe affiche aujourd'hui des indicateurs
macroéconomiques plus solides qu'il y a encore deux ans, la véritable réussite
du ZiG se mesurera moins à la baisse ponctuelle des taux d'intérêt qu'à sa
capacité à s'imposer durablement comme une monnaie de référence dans les
transactions quotidiennes et l'épargne des Zimbabwéens.
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