Le Ghana vient de franchir une nouvelle étape dans la gestion de sa dette intérieure. Le gouvernement a versé intégralement en espèces un coupon de 10,82 milliards de cedis, soit environ 982 millions de dollars, aux détenteurs d’obligations issues du Programme d’Échange de la Dette Intérieure (DDEP). Au-delà du montant, ce paiement constitue un signal important pour un pays qui cherche à restaurer la confiance après l’une des restructurations de dette les plus lourdes de son histoire.
À Accra, le message envoyé aux marchés est
désormais difficile à manquer : le Ghana veut payer, payer en cash et payer à
temps.
Le ministère des Finances a annoncé ce mercredi
19 août 2026 le versement de 10 816 840 318,26 cedis, soit environ 982 millions
de dollars, au titre d’un coupon DDEP. Le paiement a été effectué intégralement
en espèces et dans les délais prévus.
Avec cette nouvelle opération, le montant cumulé
versé aux détenteurs d’obligations depuis 2025 atteint 41,36 milliards de cedis.
Mais surtout, il s’agit du troisième paiement de
coupon DDEP effectué entièrement en espèces. Cette précision est loin d’être
secondaire.
Du paiement en titres au retour du cash
Lors de la restructuration, le Ghana avait
notamment recours au mécanisme PIK (« Payment-in-Kind »), qui permet de régler
une partie des intérêts sous forme de nouveaux titres plutôt qu’en numéraire.
Ce mécanisme avait permis de réduire la pression
immédiate sur la trésorerie de l’État alors que ses finances publiques étaient
profondément fragilisées.
Le passage progressif à des paiements entièrement
en espèces traduit donc une évolution du contexte financier.
Le gouvernement dispose aujourd’hui de davantage
de marges budgétaires pour honorer ses engagements. Surtout, il cherche à
convaincre les investisseurs que les obligations issues du DDEP ne constituent
plus le prolongement d’une crise souveraine, mais les instruments d’un nouveau
cycle de gestion de la dette.
Le ministère des Finances affirme ainsi que ce
paiement doit renforcer la confiance des investisseurs, réduire le risque de
défaut souverain et consolider la crédibilité financière du Ghana.
Cette volonté de rétablir la confiance est
centrale. Le DDEP avait profondément affecté les relations entre l’État et les
investisseurs domestiques.
Le DDEP, une restructuration qui a changé la
dette ghanéenne
Lancé en décembre 2022, le DDEP était au cœur du
programme de restructuration engagé par Accra après la dégradation rapide de
ses finances publiques.
Le Ghana avait alors perdu l’accès normal aux
marchés internationaux de capitaux et sollicité l’appui du FMI. L’institution
avait conditionné son programme de financement à une restructuration permettant
de restaurer la soutenabilité de la dette.
Le principe du DDEP était radical : échanger les
anciennes obligations domestiques contre de nouveaux titres offrant à l’État
davantage de temps pour rembourser et un coût d’intérêt inférieur.
La première phase avait finalement permis
d’échanger environ 87 milliards de cedis de dette. Le programme a ensuite été
étendu aux fonds de pension, aux titres liés au secteur du cacao, aux
obligations domestiques libellées en dollars et à certaines obligations non
négociables détenues par la Banque du Ghana.
Au total, le périmètre de l'opération a atteint
environ 203,55 milliards de cedis, avec un taux de participation global de 94,8%.
Le résultat recherché était clair : réduire la
pression sur le budget tout en allongeant le profil de maturité de la dette.
Pour la première phase, le coupon moyen de la
dette concernée est notamment passé d’environ 19,1% à 9,1%, tandis que la
maturité moyenne est passée de 3,8 à 8,3 ans.
Le Ghana a donc acheté du temps.
Mais il ne s’est pas débarrassé de sa dette.
Le véritable test commence maintenant
C’est précisément ce qui donne au paiement
annoncé ce 19 août une portée particulière.
Le DDEP a permis au Ghana de réduire fortement
son service de la dette à court terme. Mais les obligations nouvellement créées
doivent désormais être honorées.
Autrement dit, la restructuration a déplacé le
problème dans le temps ; elle n’a pas supprimé l’obligation de payer.
Les coupons constituent la première partie de
cette équation.
Le principal constitue la seconde, et
probablement la plus délicate.
Les premières échéances importantes des nouvelles
obligations DDEP interviendront à partir de 2027 et 2028. Le gouvernement a
donc commencé à préparer cette étape en constituant un Sinking Fund, destiné à
accumuler progressivement les ressources nécessaires au remboursement.
Selon les projections budgétaires de 2026, Accra
vise 30 milliards de cedis dans ce fonds afin de couvrir les principales
échéances DDEP attendues sur 2027-2028.
Le gouvernement ne veut donc manifestement pas
reproduire le scénario de 2022 : attendre que la dette arrive à un niveau
critique avant d'agir.
Le pari de la discipline budgétaire
Le paiement de 10,82 milliards de cedis
intervient dans un contexte macroéconomique nettement plus favorable.
L'économie ghanéenne a enregistré une croissance
de 6% en 2025, puis de 6,4% au premier trimestre 2026. L'inflation a fortement
reculé et les finances extérieures se sont améliorées.
Le FMI considère désormais que le risque de
détresse de la dette du Ghana est passé de « élevé » à « modéré », une
amélioration obtenue plus rapidement que prévu.
Cette amélioration ne signifie toutefois pas que
le Ghana dispose désormais d'une marge de manœuvre illimitée.
Le gouvernement doit continuer à générer des
excédents budgétaires, maîtriser les dépenses et éviter de retomber dans une
dynamique d'endettement qui annulerait les gains obtenus depuis la
restructuration.
C'est pourquoi le paiement du coupon est autant
un événement financier qu'un test de crédibilité budgétaire.
Reconstruire le marché domestique
Le défi dépasse d'ailleurs le seul DDEP.
Le Ghana doit également reconstruire son marché
domestique de la dette.
La restructuration avait profondément détérioré
la confiance des investisseurs institutionnels, notamment parce que les
banques, les assureurs et les fonds de pension avaient eux-mêmes été exposés
aux pertes liées à l'opération.
Pour les banques, le DDEP avait notamment
entraîné d'importantes pertes sur leurs portefeuilles de titres souverains et
nécessité des mesures de soutien et d'assouplissement réglementaire.
Pour les fonds de pension, l'enjeu était encore
plus sensible : leurs actifs représentaient l'épargne de millions de Ghanéens.
Le gouvernement doit donc désormais démontrer que
les nouvelles obligations sont effectivement des actifs fiables.
Le paiement intégral et ponctuel de 982 millions
de dollars constitue, à ce titre, un signal particulièrement utile.
Une nouvelle promesse faite aux investisseurs
Le ministère des Finances ne s'est d'ailleurs pas
contenté d'annoncer le paiement.
Il a explicitement assuré les détenteurs
d'obligations et les investisseurs que les futurs engagements DDEP seront eux
aussi honorés intégralement et dans les délais.
Cette promesse sera scrutée de près.
Car la crédibilité d'un État ne se reconstruit
pas avec un seul paiement. Elle se construit par la répétition : coupon après
coupon, échéance après échéance.
Le Ghana entre donc dans une nouvelle phase de
son histoire de dette.
La période de la restructuration est
progressivement remplacée par celle de l'exécution de la restructuration.
Et c'est probablement là que se trouve le
véritable enjeu.
Le DDEP doit désormais prouver qu'il a acheté du
temps
Le succès du DDEP ne pourra finalement pas être
mesuré uniquement par les milliards de cedis de dette échangés ou par les
économies d'intérêts obtenues.
Il devra être jugé sur une question beaucoup plus
simple : le Ghana sera-t-il capable d'arriver aux échéances de 2027-2028 sans
avoir besoin d'une nouvelle restructuration ?
Le paiement de 10,82 milliards de cedis, soit
environ 982 millions de dollars, apporte une première réponse encourageante.
Le gouvernement a payé intégralement. Il a payé
en espèces. Et il a payé à temps.
Mais le véritable examen arrive lorsque le Ghana
devra non seulement payer les intérêts, mais commencer à rembourser le capital
des obligations restructurées.
Après avoir obtenu du temps grâce au DDEP, Accra
doit maintenant démontrer qu'il a utilisé ce temps pour reconstruire
durablement ses finances publiques.
C'est à cette condition seulement que la
restructuration de 2022 pourra être considérée comme un véritable tournant
plutôt que comme un simple report de la crise.
Zinia Farnandiz Sep 28, 2024
Absolutely loved this post! Your tips on how to style a blazer are spot on. Keep up the great work, can’t wait for your next post!
Loren Watson Sep 18, 2024
Cover broad of topic in web development industry. Explained a lot of basic programming knowledge with easy to understand explanation.
Walter White Sep 29, 2024
Employees who have the flexibility to work remotely often report higher job satisfaction. This can lead to increased employee retention workforce.