La Banque de Namibie choisit la prudence. Réuni les 10 et 11 août 2026, son Comité de politique monétaire (MPC) a décidé à l’unanimité de maintenir le taux directeur à 6,75%. Derrière cette décision se trouve un objectif prioritaire : préserver l’ancrage entre le dollar namibien et le rand sud-africain.
Ce choix intervient pourtant dans un contexte
économique peu favorable. Après une croissance limitée à 1,7% en 2025, la
Banque de Namibie table désormais sur une progression de 2,6% du PIB en 2026.
La reprise attendue repose notamment sur l’uranium, le commerce de gros et de
détail, les services financiers ainsi que l’administration publique. Mais les
risques restent orientés à la baisse, notamment en raison des tensions
géopolitiques, de la faiblesse de la demande mondiale et des risques
climatiques.
La priorité : défendre la parité avec le
rand
Pour comprendre la décision de Windhoek, il faut
regarder au-delà de l’inflation et de la croissance. Le dollar namibien est
arrimé au rand sud-africain selon une parité de un pour un. La politique
monétaire doit donc tenir compte des conditions financières en Afrique du Sud
afin de limiter les mouvements de capitaux susceptibles de fragiliser cet
ancrage.
La Banque de Namibie l’assume explicitement. Elle
explique que le maintien du taux à 6,75% vise à « safeguard the peg » entre le
dollar namibien et le rand. Les réserves internationales demeurent par ailleurs
suffisamment solides pour soutenir cette parité et honorer les engagements
extérieurs du pays.
Cette contrainte explique pourquoi la banque centrale
ne peut pas simplement baisser ses taux pour donner davantage d'oxygène au
crédit et à l’activité économique.
Une inflation qui reste sous surveillance
L’autre élément déterminant est l’évolution des prix.
L’inflation namibienne avait fortement accéléré au printemps, passant de 2,1%
en mars à 4,1% en mai 2026, principalement sous l’effet de la hausse des coûts
du transport liée au renchérissement des matières premières énergétiques. La
Banque de Namibie prévoyait alors une inflation moyenne de 4% pour l’ensemble
de 2026.
Le risque n’est donc pas suffisamment faible pour
permettre un assouplissement monétaire agressif. Une baisse des taux pourrait
certes soutenir la demande intérieure et le crédit, mais elle pourrait
également compliquer la gestion de la parité avec le rand.
La Banque centrale privilégie ainsi une approche
d’équilibre : maintenir des conditions monétaires suffisamment restrictives
pour préserver la stabilité financière et externe, sans pour autant procéder à
un nouveau resserrement qui pèserait davantage sur une économie déjà fragile.
Le crédit reste un point faible
Cette prudence a toutefois un coût. La croissance du
crédit au secteur privé reste relativement faible, même si des signes de
reprise apparaissent. La Banque de Namibie souligne notamment une amélioration
de la demande de crédit des entreprises, mais estime que l’extension du crédit
demeure freinée par des contraintes structurelles.
Le message adressé au secteur bancaire est donc clair
: la banque centrale ne veut pas sacrifier la stabilité du change pour
accélérer artificiellement le crédit.
Cette situation illustre le dilemme particulier de la
Namibie. Avec une économie qui devrait croître de seulement 2,6% en 2026, une
inflation projetée autour de 4% et un crédit encore peu dynamique, la marge de
manœuvre monétaire demeure étroite.
Une pause après le relèvement de juin
La décision d’août constitue surtout une pause après
le relèvement intervenu en juin. À cette date, le MPC avait porté le taux
directeur à 6,75%, alors que l’activité économique s’était révélée faible au
début de 2026 et que l’inflation avait commencé à accélérer. La Banque avait
alors souligné que ses réserves internationales restaient suffisantes pour
soutenir l’ancrage monétaire.
Deux mois plus tard, Windhoek choisit donc de ne pas
aller plus loin. La banque centrale veut désormais observer les effets du
resserrement déjà effectué et l’évolution des pressions inflationnistes avant
de modifier à nouveau son taux.
Pour la Namibie, le message est finalement assez
simple : la croissance compte, l’inflation compte, mais la stabilité du dollar
namibien compte aussi — et probablement davantage à court terme.
La prochaine réunion du MPC est prévue le 21 octobre
2026. Elle permettra de voir si l’amélioration attendue de l’activité et
l’évolution de l’inflation offrent suffisamment d’espace à la Banque de Namibie
pour commencer à desserrer sa politique monétaire.
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