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  • 13/08/2026

Namibie : Pourquoi la Banque centrale maintient son taux à 6,75% malgré une économie sous pression

La Banque de Namibie choisit la prudence. Réuni les 10 et 11 août 2026, son Comité de politique monétaire (MPC) a décidé à l’unanimité de maintenir le taux directeur à 6,75%. Derrière cette décision se trouve un objectif prioritaire : préserver l’ancrage entre le dollar namibien et le rand sud-africain.

 

Ce choix intervient pourtant dans un contexte économique peu favorable. Après une croissance limitée à 1,7% en 2025, la Banque de Namibie table désormais sur une progression de 2,6% du PIB en 2026. La reprise attendue repose notamment sur l’uranium, le commerce de gros et de détail, les services financiers ainsi que l’administration publique. Mais les risques restent orientés à la baisse, notamment en raison des tensions géopolitiques, de la faiblesse de la demande mondiale et des risques climatiques.

 

La priorité : défendre la parité avec le rand

 

Pour comprendre la décision de Windhoek, il faut regarder au-delà de l’inflation et de la croissance. Le dollar namibien est arrimé au rand sud-africain selon une parité de un pour un. La politique monétaire doit donc tenir compte des conditions financières en Afrique du Sud afin de limiter les mouvements de capitaux susceptibles de fragiliser cet ancrage.

 

La Banque de Namibie l’assume explicitement. Elle explique que le maintien du taux à 6,75% vise à « safeguard the peg » entre le dollar namibien et le rand. Les réserves internationales demeurent par ailleurs suffisamment solides pour soutenir cette parité et honorer les engagements extérieurs du pays.

 

Cette contrainte explique pourquoi la banque centrale ne peut pas simplement baisser ses taux pour donner davantage d'oxygène au crédit et à l’activité économique.

 

Une inflation qui reste sous surveillance

 

L’autre élément déterminant est l’évolution des prix. L’inflation namibienne avait fortement accéléré au printemps, passant de 2,1% en mars à 4,1% en mai 2026, principalement sous l’effet de la hausse des coûts du transport liée au renchérissement des matières premières énergétiques. La Banque de Namibie prévoyait alors une inflation moyenne de 4% pour l’ensemble de 2026.

 

Le risque n’est donc pas suffisamment faible pour permettre un assouplissement monétaire agressif. Une baisse des taux pourrait certes soutenir la demande intérieure et le crédit, mais elle pourrait également compliquer la gestion de la parité avec le rand.

 

La Banque centrale privilégie ainsi une approche d’équilibre : maintenir des conditions monétaires suffisamment restrictives pour préserver la stabilité financière et externe, sans pour autant procéder à un nouveau resserrement qui pèserait davantage sur une économie déjà fragile.

 

Le crédit reste un point faible

 

Cette prudence a toutefois un coût. La croissance du crédit au secteur privé reste relativement faible, même si des signes de reprise apparaissent. La Banque de Namibie souligne notamment une amélioration de la demande de crédit des entreprises, mais estime que l’extension du crédit demeure freinée par des contraintes structurelles.

 

Le message adressé au secteur bancaire est donc clair : la banque centrale ne veut pas sacrifier la stabilité du change pour accélérer artificiellement le crédit.

 

Cette situation illustre le dilemme particulier de la Namibie. Avec une économie qui devrait croître de seulement 2,6% en 2026, une inflation projetée autour de 4% et un crédit encore peu dynamique, la marge de manœuvre monétaire demeure étroite.

 

Une pause après le relèvement de juin

 

La décision d’août constitue surtout une pause après le relèvement intervenu en juin. À cette date, le MPC avait porté le taux directeur à 6,75%, alors que l’activité économique s’était révélée faible au début de 2026 et que l’inflation avait commencé à accélérer. La Banque avait alors souligné que ses réserves internationales restaient suffisantes pour soutenir l’ancrage monétaire.

 

Deux mois plus tard, Windhoek choisit donc de ne pas aller plus loin. La banque centrale veut désormais observer les effets du resserrement déjà effectué et l’évolution des pressions inflationnistes avant de modifier à nouveau son taux.

 

Pour la Namibie, le message est finalement assez simple : la croissance compte, l’inflation compte, mais la stabilité du dollar namibien compte aussi — et probablement davantage à court terme.

 

La prochaine réunion du MPC est prévue le 21 octobre 2026. Elle permettra de voir si l’amélioration attendue de l’activité et l’évolution de l’inflation offrent suffisamment d’espace à la Banque de Namibie pour commencer à desserrer sa politique monétaire.