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  • 17/08/2026

Niger : La raffinerie de Dosso franchit le cap de la convention, le financement reste le véritable test

Le Niger vient de faire passer son projet de seconde raffinerie du stade des intentions à celui d’un engagement contractuel. Mais derrière la signature, samedi 15 août à Niamey, de la convention avec Zimar Group–High Tech, une question demeure centrale : comment mobiliser les 1,9 milliard de dollars nécessaires à la réalisation de cette infrastructure stratégique ?

 

La cérémonie s’est tenue à la Primature. Pour l’État nigérien, Bakary Yaou Sangaré, président du comité chargé de la négociation avec le partenaire dans le secteur pétrolier, a signé la convention avec Benjamin Day Marc, président-directeur général de Zimar Group et High Tech. L’Agence nigérienne de presse confirme que le projet porte sur une raffinerie conventionnelle d’une capacité de 100 000 barils par jour, accompagnée d’un complexe pétrochimique.

 

Le coût estimatif est fixé à 1,9 milliard de dollars, soit 1 077,2 milliards FCFA. La convention est conclue pour seize ans, dont trois années de construction et treize années d’exploitation avant le transfert des installations à l’État. Le montage retenu est celui d’un partenariat public-privé de type BOT, dans lequel le partenaire privé doit assurer le financement, la construction et l’exploitation de l’ouvrage avant sa rétrocession au Niger.

 

Une étape importante depuis le mémorandum de 2024

 

Cette signature constitue l’aboutissement d’un processus engagé en octobre 2024 avec la conclusion d’un mémorandum d’entente entre le Niger et le consortium réunissant Zimar Group et High Tech.

 

Le projet a toutefois évolué depuis cette première étape. Les autorités nigériennes avaient initialement présenté une raffinerie modulaire dont la capacité devait être développée progressivement. Le ministère nigérien du Pétrole évoquait notamment une première capacité de 30 000 barils par jour, extensible jusqu’à 100 000 barils par jour.

 

La convention désormais signée porte, elle, sur une raffinerie conventionnelle de 100 000 barils par jour. Selon les informations communiquées à l’occasion de la signature, l’installation doit être structurée autour de trois trains de production : un premier de 30 000 barils par jour, puis deux autres de 35 000 barils par jour chacun.

 

Pour Niamey, l'objectif dépasse donc la simple production de carburants. Il s’agit de transformer davantage le pétrole extrait au Niger sur le territoire national, d’augmenter la valeur ajoutée locale et de développer une base industrielle autour du raffinage et de la pétrochimie.

 

Le ministère du Pétrole présente depuis plusieurs années cette infrastructure comme un élément de la stratégie de souveraineté énergétique et de valorisation des ressources nationales.

 

1,9 milliard de dollars : le vrai test commence maintenant

 

La signature de la convention ne signifie toutefois pas que les 1,9 milliard de dollars sont déjà disponibles.

 

C’est précisément sur ce point que le calendrier fixé par les autorités nigériennes devient particulièrement important. Le partenaire dispose de quatre mois pour mobiliser le financement et produire l’ingénierie détaillée. Le bouclage financier, lui, doit intervenir dans un délai de douze mois.

 

Ces échéances constituent en quelque sorte le premier test grandeur nature du projet.

 

« Afin d’assurer la bonne exécution du projet et de préserver les intérêts de l’État, des délais ont été retenus », a expliqué Bakary Yaou Sangaré. Selon lui, ces jalons doivent permettre au comité de suivi de contrôler l’exécution des engagements du partenaire et de vérifier que le projet avance dans un cadre « clair, sécurisé et conforme aux intérêts nationaux ».

 

Autrement dit, la convention crée le cadre juridique ; le financement devra désormais apporter la preuve de la faisabilité économique et financière du projet.

 

Le montage BOT transfère une partie du risque au partenaire privé

 

Le choix du BOT est particulièrement significatif dans un projet évalué à plus de 1 000 milliards de FCFA.

 

Dans ce schéma, l’État ne porte pas directement l'intégralité de l'investissement initial. Le partenaire privé est censé mobiliser les capitaux, construire l'infrastructure puis l’exploiter pendant la période contractuelle. À l’issue des treize années d’exploitation prévues, les installations doivent être transférées à l’État.

 

Pour le Niger, l’intérêt est évident : obtenir une infrastructure industrielle majeure sans devoir financer seul les dépenses de construction.

 

Mais le mécanisme comporte une contrepartie. Il faut convaincre des bailleurs, des banques, des investisseurs ou des partenaires industriels d’apporter les capitaux nécessaires.

 

Et pour un projet de raffinage de cette taille, le bouclage financier dépendra notamment de la crédibilité du promoteur, de la structure du capital, des garanties disponibles, de la sécurité des approvisionnements en pétrole brut, des perspectives commerciales des produits raffinés et de la capacité du projet à générer suffisamment de flux de trésorerie pour rembourser sa dette.

 

C’est donc moins la cérémonie de signature que le financial close qui permettra de mesurer le véritable degré de maturité du projet.

 

Une raffinerie qui arrive dans un secteur pétrolier en pleine transformation

 

Le projet de Dosso intervient alors que le Niger cherche à réorganiser en profondeur son secteur pétrolier.

 

Le pays dispose désormais d'une capacité contractuelle de production du bloc d’Agadem de 110 000 barils par jour, dont 20 000 destinés à la SORAZ et 90 000 à l’exportation par pipeline, selon le ministère du Pétrole.

 

Cette évolution donne une dimension particulière au projet de Dosso.

 

Une raffinerie de 100 000 barils par jour représente une capacité considérable au regard de la production actuellement disponible pour le marché intérieur. La réussite du projet nécessitera donc une articulation solide entre l’amont pétrolier, le transport du brut, le raffinage, le stockage, la distribution et les débouchés régionaux.

 

Le complexe pétrochimique pourrait, de son côté, permettre d’aller plus loin dans la chaîne de valeur en transformant une partie des hydrocarbures en produits à plus forte valeur ajoutée.

 

Du pétrole brut à une véritable chaîne industrielle

 

Pour Niamey, l'enjeu est précisément là.

 

Le Niger ne veut plus seulement être un producteur et exportateur de brut. Il cherche à construire autour de son pétrole une chaîne industrielle capable de générer des emplois, des recettes fiscales, des compétences techniques et des activités connexes.

 

Le gouvernement a d'ailleurs présenté la raffinerie et le complexe pétrochimique de Dosso comme des projets destinés à renforcer les capacités industrielles du pays et à créer davantage de valeur localement.

 

Mais entre cette ambition et sa matérialisation, il existe encore un passage obligé : l'argent.

 

Les quatre prochains mois devraient ainsi constituer un premier rendez-vous important. Si Zimar Group–High Tech parvient à présenter une mobilisation financière crédible et une ingénierie détaillée conforme aux engagements, le projet franchira un nouveau cap.

 

Le véritable tournant interviendra ensuite avec le bouclage financier prévu dans les douze mois.

 

À ce moment-là seulement, le Niger pourra considérer que sa seconde raffinerie ne repose plus seulement sur une convention, mais sur un financement effectivement structuré.

 

Pour Dosso, le compte à rebours est donc lancé. La signature du 15 août ouvre la porte du chantier. Le financement devra désormais permettre de la franchir.