Le Niger vient de faire passer son projet de seconde raffinerie du stade des intentions à celui d’un engagement contractuel. Mais derrière la signature, samedi 15 août à Niamey, de la convention avec Zimar Group–High Tech, une question demeure centrale : comment mobiliser les 1,9 milliard de dollars nécessaires à la réalisation de cette infrastructure stratégique ?
La cérémonie s’est tenue à la Primature. Pour l’État
nigérien, Bakary Yaou Sangaré, président du comité chargé de la négociation
avec le partenaire dans le secteur pétrolier, a signé la convention avec
Benjamin Day Marc, président-directeur général de Zimar Group et High Tech.
L’Agence nigérienne de presse confirme que le projet porte sur une raffinerie
conventionnelle d’une capacité de 100 000 barils par jour, accompagnée d’un
complexe pétrochimique.
Le coût estimatif est fixé à 1,9 milliard de dollars,
soit 1 077,2 milliards FCFA. La convention est conclue pour seize ans, dont
trois années de construction et treize années d’exploitation avant le transfert
des installations à l’État. Le montage retenu est celui d’un partenariat
public-privé de type BOT, dans lequel le partenaire privé doit assurer le
financement, la construction et l’exploitation de l’ouvrage avant sa
rétrocession au Niger.
Une étape importante depuis le mémorandum
de 2024
Cette signature constitue l’aboutissement d’un
processus engagé en octobre 2024 avec la conclusion d’un mémorandum d’entente
entre le Niger et le consortium réunissant Zimar Group et High Tech.
Le projet a toutefois évolué depuis cette première
étape. Les autorités nigériennes avaient initialement présenté une raffinerie
modulaire dont la capacité devait être développée progressivement. Le ministère
nigérien du Pétrole évoquait notamment une première capacité de 30 000 barils
par jour, extensible jusqu’à 100 000 barils par jour.
La convention désormais signée porte, elle, sur une
raffinerie conventionnelle de 100 000 barils par jour. Selon les informations
communiquées à l’occasion de la signature, l’installation doit être structurée
autour de trois trains de production : un premier de 30 000 barils par jour,
puis deux autres de 35 000 barils par jour chacun.
Pour Niamey, l'objectif dépasse donc la simple
production de carburants. Il s’agit de transformer davantage le pétrole extrait
au Niger sur le territoire national, d’augmenter la valeur ajoutée locale et de
développer une base industrielle autour du raffinage et de la pétrochimie.
Le ministère du Pétrole présente depuis plusieurs
années cette infrastructure comme un élément de la stratégie de souveraineté
énergétique et de valorisation des ressources nationales.
1,9 milliard de dollars : le vrai test
commence maintenant
La signature de la convention ne signifie toutefois
pas que les 1,9 milliard de dollars sont déjà disponibles.
C’est précisément sur ce point que le calendrier fixé
par les autorités nigériennes devient particulièrement important. Le partenaire
dispose de quatre mois pour mobiliser le financement et produire l’ingénierie
détaillée. Le bouclage financier, lui, doit intervenir dans un délai de douze
mois.
Ces échéances constituent en quelque sorte le premier
test grandeur nature du projet.
« Afin d’assurer la bonne exécution du projet et de
préserver les intérêts de l’État, des délais ont été retenus », a expliqué
Bakary Yaou Sangaré. Selon lui, ces jalons doivent permettre au comité de suivi
de contrôler l’exécution des engagements du partenaire et de vérifier que le
projet avance dans un cadre « clair, sécurisé et conforme aux intérêts
nationaux ».
Autrement dit, la convention crée le cadre juridique ;
le financement devra désormais apporter la preuve de la faisabilité économique
et financière du projet.
Le montage BOT transfère une partie du
risque au partenaire privé
Le choix du BOT est particulièrement significatif dans
un projet évalué à plus de 1 000 milliards de FCFA.
Dans ce schéma, l’État ne porte pas directement
l'intégralité de l'investissement initial. Le partenaire privé est censé
mobiliser les capitaux, construire l'infrastructure puis l’exploiter pendant la
période contractuelle. À l’issue des treize années d’exploitation prévues, les
installations doivent être transférées à l’État.
Pour le Niger, l’intérêt est évident : obtenir une
infrastructure industrielle majeure sans devoir financer seul les dépenses de
construction.
Mais le mécanisme comporte une contrepartie. Il faut
convaincre des bailleurs, des banques, des investisseurs ou des partenaires
industriels d’apporter les capitaux nécessaires.
Et pour un projet de raffinage de cette taille, le
bouclage financier dépendra notamment de la crédibilité du promoteur, de la
structure du capital, des garanties disponibles, de la sécurité des
approvisionnements en pétrole brut, des perspectives commerciales des produits
raffinés et de la capacité du projet à générer suffisamment de flux de
trésorerie pour rembourser sa dette.
C’est donc moins la cérémonie de signature que le financial
close qui permettra de mesurer le véritable degré de maturité du projet.
Une raffinerie qui arrive dans un secteur
pétrolier en pleine transformation
Le projet de Dosso intervient alors que le Niger
cherche à réorganiser en profondeur son secteur pétrolier.
Le pays dispose désormais d'une capacité contractuelle
de production du bloc d’Agadem de 110 000 barils par jour, dont 20 000 destinés
à la SORAZ et 90 000 à l’exportation par pipeline, selon le ministère du
Pétrole.
Cette évolution donne une dimension particulière au
projet de Dosso.
Une raffinerie de 100 000 barils par jour représente
une capacité considérable au regard de la production actuellement disponible
pour le marché intérieur. La réussite du projet nécessitera donc une
articulation solide entre l’amont pétrolier, le transport du brut, le
raffinage, le stockage, la distribution et les débouchés régionaux.
Le complexe pétrochimique pourrait, de son côté,
permettre d’aller plus loin dans la chaîne de valeur en transformant une partie
des hydrocarbures en produits à plus forte valeur ajoutée.
Du pétrole brut à une véritable chaîne
industrielle
Pour Niamey, l'enjeu est précisément là.
Le Niger ne veut plus seulement être un producteur et
exportateur de brut. Il cherche à construire autour de son pétrole une chaîne
industrielle capable de générer des emplois, des recettes fiscales, des
compétences techniques et des activités connexes.
Le gouvernement a d'ailleurs présenté la raffinerie et
le complexe pétrochimique de Dosso comme des projets destinés à renforcer les
capacités industrielles du pays et à créer davantage de valeur localement.
Mais entre cette ambition et sa matérialisation, il
existe encore un passage obligé : l'argent.
Les quatre prochains mois devraient ainsi constituer
un premier rendez-vous important. Si Zimar Group–High Tech parvient à présenter
une mobilisation financière crédible et une ingénierie détaillée conforme aux
engagements, le projet franchira un nouveau cap.
Le véritable tournant interviendra ensuite avec le
bouclage financier prévu dans les douze mois.
À ce moment-là seulement, le Niger pourra considérer
que sa seconde raffinerie ne repose plus seulement sur une convention, mais sur
un financement effectivement structuré.
Pour Dosso, le compte à rebours est donc lancé. La
signature du 15 août ouvre la porte du chantier. Le financement devra désormais
permettre de la franchir.
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