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  • 12/08/2026

Kenya : La Banque centrale maintient son taux à 8,75%, entre reprise du crédit et risques inflationnistes

La Banque centrale du Kenya (CBK) maintient le cap. Réuni le 11 août 2026, son Comité de politique monétaire (MPC) a décidé de conserver son taux directeur à 8,75%, estimant que l’orientation actuelle reste suffisamment restrictive pour contenir les anticipations d’inflation, tout en permettant à l’économie et au crédit bancaire de poursuivre leur reprise.

 

Cette décision intervient dans un environnement où les principaux indicateurs domestiques évoluent favorablement. L’économie kényane a progressé de 5,3% au premier trimestre 2026, contre 4,9% un an plus tôt. Pour l’ensemble de l’année, la CBK table sur une croissance de 4,9%, avant une accélération à 5,3% en 2027.

 

Le principal signal positif vient toutefois du secteur financier. La baisse progressive des taux d’intérêt commence à se transmettre à l’économie réelle. La croissance des prêts des banques commerciales au secteur privé a atteint 10,2% en juillet 2026, contre seulement -2,9% en janvier 2025. Dans le même temps, le taux débiteur moyen est revenu à 14,3%, contre 17,2% en novembre 2024.

 

Pour la CBK, cette reprise du crédit traduit une amélioration de la demande de financement dans plusieurs secteurs clés, notamment le commerce, le bâtiment et la construction, l’agriculture et les biens de consommation durables. La politique monétaire semble ainsi produire progressivement l'effet recherché : desserrer le coût du financement sans compromettre la stabilité des prix.

 

Le bilan des banques s’améliore également sur le front du risque de crédit. Le ratio des créances douteuses brutes rapportées aux prêts bruts est tombé à 14,6% en juillet, contre 15,4% en avril et 17,6% en août 2025. Les améliorations concernent notamment l’industrie manufacturière, le commerce, l’agriculture, l’immobilier ainsi que le bâtiment et la construction.

 

Cette amélioration offre davantage de confort à la banque centrale pour maintenir son taux directeur inchangé. D’autant que l’inflation globale reste contenue dans la fourchette cible, à 6,5% en juillet contre 6,4% en juin. L’inflation sous-jacente demeure elle aussi relativement stable, à 3,2%.

 

Mais le tableau comporte une zone de risque majeure : l’énergie.

 

Le conflit au Moyen-Orient a provoqué une remontée des prix internationaux du pétrole, faisant planer la menace d’un renchérissement des carburants, du transport et, par ricochet, des coûts de production. La CBK estime ainsi que l’inflation mondiale pourrait atteindre 4,7% en 2026, contre 4,1% en 2025, tandis que la croissance mondiale ralentirait à 3%, contre 3,5% l’année précédente.

 

Pour le Kenya, cette menace est d’autant plus sensible que le déficit du compte courant devrait atteindre 3% du PIB en 2026, contre 2,1% en 2025, notamment sous l’effet de l’augmentation de la facture des importations de combustibles minéraux.

 

La banque centrale dispose néanmoins d’un important coussin de sécurité. Ses réserves de change atteignent 15,25 milliards de dollars, soit environ 6,3 mois de couverture des importations. Elles constituent un amortisseur contre les chocs extérieurs et contribuent à préserver la stabilité du shilling.

 

Le choix de maintenir le taux à 8,75% apparaît donc comme un exercice d’équilibre. La CBK cherche à préserver les conditions favorables à la reprise du crédit et à l’activité économique, tout en évitant qu’un choc énergétique externe ne se transforme en nouvelle poussée inflationniste.

 

« Le Comité se tient prêt à prendre de nouvelles mesures si nécessaire », prévient la banque centrale, qui entend notamment surveiller l’évolution des prix mondiaux du pétrole et les éventuels effets de second tour sur l’inflation.

 

Pour les banques kényanes, le message est clair : la fenêtre reste ouverte pour accompagner la reprise du crédit, mais elle n’est pas illimitée. Si le choc pétrolier venait à alimenter durablement l’inflation ou à fragiliser le taux de change, la CBK pourrait être contrainte de revoir son orientation.

 

Le prochain rendez-vous est donc déjà fixé. Le MPC se réunira de nouveau en octobre 2026, avec une question centrale : la reprise du crédit pourra-t-elle se poursuivre sans raviver les tensions inflationnistes ?