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  • 12/08/2026

Orpaillage artisanal : Le modèle Dynacor-World Gold Council peut-il accélérer la formalisation de l’or en Afrique de l’Ouest ?

Alors que la Côte d’Ivoire cherche à sortir l’or artisanal des circuits clandestins, le partenariat entre le World Gold Council et le canadien Dynacor met en avant une nouvelle approche : faire des usines de traitement, de la traçabilité et de l’accès au marché des leviers de formalisation. Une stratégie qui trouve un premier terrain d’expérimentation au Sénégal et qui pourrait intéresser Abidjan.

 

La bataille contre l’orpaillage clandestin en Afrique de l’Ouest ne se gagnera probablement pas uniquement à coups de fermetures de sites. Elle se jouera aussi dans les usines de traitement, les chaînes d’approvisionnement et, surtout, dans la capacité à offrir aux mineurs artisanaux un débouché légal suffisamment attractif pour les détourner des circuits informels.

 

C’est tout l’intérêt du protocole d’entente conclu entre le World Gold Council (WGC) et Dynacor, entreprise canadienne spécialisée dans le traitement du minerai provenant de mineurs artisanaux. Les deux partenaires veulent travailler à la formalisation de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle de l’or (EMAPE), en combinant standards, traçabilité, infrastructures de traitement et accès aux acheteurs responsables. Ils souhaitent notamment élaborer des principes de bonnes pratiques pour les usines de traitement et contribuer à l’émergence d’une norme reconnue à l’échelle mondiale.

 

Pour le WGC, l’enjeu est de construire une chaîne dans laquelle l’origine du minerai peut être vérifiée, son traitement réalisé dans des installations contrôlées et sa commercialisation orientée vers des acheteurs légitimes. Le Conseil travaille notamment sur un modèle reposant sur la vérification de l’origine, des usines de traitement centralisées et une participation accrue des acheteurs responsables.

 

Le raisonnement est simple, mais potentiellement structurant : si l’on contrôle mieux le point de traitement, on peut mieux contrôler l’origine, les volumes et la destination de l’or.

 

Le Sénégal comme laboratoire ouest-africain

 

Pour Dynacor, cette approche n’est pas une découverte récente. Le groupe exploite depuis plusieurs années au Pérou un modèle fondé sur l’approvisionnement auprès de mineurs artisanaux et le traitement industriel de leur minerai. Il cherche désormais à reproduire cette expérience sur d’autres marchés.

 

Le premier véritable point d’ancrage africain se trouve au Sénégal, dans la région aurifère de Kédougou. Dynacor y développe son projet Galam, une usine pilote destinée à traiter du minerai provenant de producteurs artisanaux locaux. En juillet 2026, l’entreprise indiquait que l’installation était à plus de 95% d’achèvement et visait une première coulée d’or en août.

 

L’expérience sénégalaise pourrait surtout servir de test grandeur nature. Dynacor cherche à démontrer qu’une infrastructure industrielle peut s’intégrer à un environnement dominé par une multitude de petits producteurs et transformer leur minerai en or issu d’une chaîne plus contrôlée et plus transparente.

 

Le groupe ne cache d’ailleurs pas ses ambitions régionales. Sa présentation aux investisseurs de juillet 2026 identifie le Sénégal, mais également le Ghana et la Côte d’Ivoire, parmi les marchés africains présentant des possibilités d’expansion. Au Ghana, Dynacor discute déjà avec GoldBod, l’organisme chargé du commerce officiel de l’or artisanal.

 

La Côte d’Ivoire apparaît donc dans le radar de l’entreprise au moment même où le WGC cherche à standardiser les pratiques des infrastructures de traitement.

 

Pourquoi Abidjan peut regarder ce modèle de près

 

Le contexte ivoirien donne à cette stratégie une résonance particulière.

 

Depuis plusieurs années, Abidjan tente de reprendre le contrôle d’un secteur qui génère des revenus considérables mais dont une partie importante échappe aux circuits officiels. En avril 2026, le gouvernement indiquait que quelque 142 tonnes d’or quittaient chaque année les circuits officiels, pour un manque à gagner estimé à 4 600 milliards FCFA, soit environ 7,7 milliards de dollars. Plus de 7 000 sites illégaux avaient alors été démantelés.

 

Ce chiffre ne doit toutefois pas être confondu avec l’estimation de près de 3 000 milliards FCFA par an avancée en mai par Stan Zézé, président de Bloomfield Intelligence. Les deux estimations proviennent de sources et de méthodes différentes. Elles convergent néanmoins sur un constat : l’informalité de l’orpaillage représente une perte économique majeure pour la Côte d’Ivoire.

 

La réponse de l’État ne se limite plus à la répression. Abidjan cherche également à professionnaliser le secteur, à renforcer sa gouvernance et à optimiser la chaîne de valeur. La stratégie présentée en 2026 auprès de la Banque mondiale repose notamment sur l’encadrement, la répression et la formalisation. Le gouvernement souhaite également renforcer la coopération régionale afin de mieux contrôler les flux transfrontaliers.

 

Cette orientation n’est pas nouvelle. En juillet 2025, la Côte d’Ivoire avait déjà conclu avec la Banque mondiale et le World Gold Council un partenariat destiné à formaliser son secteur de l’or artisanal, améliorer la traçabilité et renforcer l’accès des producteurs légaux aux marchés. Le programme prévoit notamment de travailler sur les infrastructures de traitement et de créer des modèles de mines artisanales conformes aux bonnes pratiques internationales.

 

Le partenariat WGC-Dynacor intervient donc dans un environnement où les conditions institutionnelles pour tester ce type de modèle sont déjà en construction en Côte d’Ivoire.

 

Le chaînon manquant : traiter autrement pour vendre autrement

 

C’est probablement le point le plus intéressant de l’approche Dynacor.

 

La formalisation est souvent abordée sous l’angle administratif : obtenir une autorisation, enregistrer un exploitant, contrôler un site. Mais cela ne suffit pas nécessairement à faire disparaître les circuits clandestins.

 

Un mineur artisanal ne choisira durablement le circuit formel que s’il y trouve un intérêt économique.

 

L’usine de traitement peut alors jouer un rôle central. Une installation contrôlée permet de centraliser le minerai, d’améliorer sa récupération, de réduire certains risques environnementaux et surtout de documenter les transactions. Le modèle défendu par le WGC prévoit précisément de combiner ces infrastructures avec des outils de vérification de l’origine et un accès renforcé aux acheteurs responsables.

 

La logique change donc de nature : il ne s’agit plus seulement d’empêcher l’or illégal de sortir du pays, mais de rendre l’or légal suffisamment compétitif pour que les producteurs aient intérêt à y rester.

 

C’est un enjeu crucial dans une région où les acheteurs informels disposent souvent de réseaux commerciaux capables d’absorber rapidement la production artisanale.


La Côte d’Ivoire n’est pas seule à chercher la solution

 

Le sujet dépasse largement les frontières ivoiriennes.

 

Au Ghana, GoldBod a acheté jusqu’à 54 tonnes d’or provenant de l’exploitation artisanale et à petite échelle au premier semestre 2026, illustrant le poids économique que peut prendre une filière artisanale lorsqu’elle est organisée autour d’un dispositif d’achat formel.

 

Au Sénégal, Dynacor teste désormais une infrastructure de traitement directement connectée à l’écosystème des producteurs artisanaux de Kédougou. Au Ghana, l’entreprise avance dans ses discussions avec GoldBod. Et en Côte d’Ivoire, elle identifie le marché parmi ses possibilités d’expansion.

 

Trois pays, trois configurations différentes, mais une même question : comment faire passer une production artisanale fragmentée dans une chaîne d’approvisionnement formelle, traçable et commercialement viable ?

 

Le vrai enjeu est désormais régional

 

Pour Abidjan, l’une des principales difficultés réside dans la dimension transfrontalière du commerce de l’or.

 

Un producteur peut être formalisé dans un pays, tandis qu’un réseau d’achat clandestin peut déplacer le minerai vers un autre territoire où les contrôles sont moins stricts. La fragmentation réglementaire peut ainsi affaiblir les politiques nationales.

 

C’est pourquoi la Côte d’Ivoire plaide pour une meilleure coordination à l’échelle de la CEDEAO et de l’UEMOA. L’objectif est notamment d’harmoniser les politiques minières et de mieux contrôler les flux transfrontaliers.

 

Dans ce contexte, la future norme internationale que le WGC et Dynacor veulent contribuer à construire pourrait avoir une portée qui dépasse les seules usines. Si elle définit des exigences communes en matière de diligence raisonnable, de traçabilité, de santé-sécurité, d’environnement, de lutte contre le blanchiment et d’approvisionnement responsable, elle pourrait fournir un référentiel utilisable par plusieurs pays de la région.

 

L’enjeu serait alors de passer d'une juxtaposition de politiques nationales à une chaîne régionale davantage interopérable.

 

Un enjeu aussi bancaire et assurantiel

 

Pour le secteur financier, cette transformation pourrait ouvrir un nouveau marché.

 

Une chaîne aurifère formalisée signifie davantage de producteurs identifiés, de transactions documentées, de flux bancarisés et de données disponibles. Elle peut donc favoriser le développement de solutions de paiement, de financement des équipements, d’assurance, de financement du fonds de roulement et, à terme, de services bancaires destinés aux coopératives et aux exploitants artisanaux.

 

La logique est particulièrement intéressante pour les établissements financiers : moins l’orpaillage est informel, plus il devient finançable.

 

La formalisation peut également faciliter le financement de technologies moins polluantes. En Côte d’Ivoire, le programme planetGOLD vise par exemple à améliorer l’accès des mineurs artisanaux à des chaînes d’approvisionnement traçables et à des financements permettant d’adopter des technologies sans mercure.

 

L’or artisanal cesse ainsi progressivement d’être uniquement une question minière. Il devient un sujet de gouvernance, de fiscalité, d’environnement, de commerce extérieur et de finance.

 

Le modèle Dynacor devra encore faire ses preuves

 

Il serait toutefois prématuré de considérer le modèle Dynacor-WGC comme la solution au problème de l’orpaillage clandestin.

 

Le premier défi sera économique : les producteurs artisanaux accepteront-ils de vendre leur minerai à des circuits formels si ceux-ci offrent des conditions moins avantageuses que les réseaux informels ?

 

Le deuxième sera réglementaire. Une usine moderne ne peut pas, à elle seule, garantir la légalité du minerai qu’elle reçoit. Il faut pouvoir vérifier l’identité des fournisseurs, l’origine du minerai et les conditions dans lesquelles il a été extrait.

 

Le troisième sera régional. Si les règles restent trop différentes d’un pays à l’autre, les réseaux clandestins conserveront des possibilités d’arbitrage.

 

Enfin, le modèle devra démontrer qu’il peut concilier trois objectifs parfois contradictoires : rémunérer correctement les mineurs, offrir une rentabilité aux infrastructures de traitement et satisfaire les exigences croissantes des acheteurs internationaux en matière de traçabilité et de responsabilité.

 

C’est précisément ce qui rend l’expérience sénégalaise intéressante à observer.

 

De la répression à l’économie de la formalisation

 

La Côte d’Ivoire a déjà fermé des milliers de sites clandestins. Elle cherche maintenant à construire les conditions économiques d’une exploitation artisanale légale.

 

Le partenariat entre le World Gold Council et Dynacor arrive donc au bon moment. Il ne constitue pas une réponse complète au problème, mais apporte une pièce importante : l’infrastructure capable de relier le mineur artisanal au marché formel.

 

Si l’expérience de Dynacor au Sénégal fonctionne, puis se déploie au Ghana et potentiellement en Côte d’Ivoire, elle pourrait fournir à l’Afrique de l’Ouest un modèle reproductible de traitement et de traçabilité de l’or artisanal.

 

Mais le véritable test sera ailleurs : faire en sorte que le marché légal devienne plus attractif que le marché clandestin.

 

Car pour formaliser durablement l’orpaillage, il ne suffira pas de demander aux mineurs de respecter la loi. Il faudra leur démontrer que la légalité peut aussi être un meilleur business.